L'élection présidentielle impose à chaque candidat la transparence sur sa vie, son caractÚre, son histoire. Eva Joly se soumet à l'exercice. D'autant plus que son histoire est atypique. à la fois française et norvégienne, elle est la premiÚre candidate binationale à l'élection présidentielle. Elle a eu plusieurs vies. Elle incarne le combat contre la corruption. Elle se raconte, de maniÚre drÎle et émouvante, parfois grave. Chapitres du livre: Hommage aux citoyens anonymes 1. La trahison de 'ceux qui savent' 2. Au coeur de l'Etat 3. Mon horizon s'élargit, l'indignation aussi 4. Trop française pour la NorvÚge 5. Je ne suis pas née écologiste 6. Entrée en politique 7. Ce que j'ai vu à Fukushima 8. La leçon islandaise 9. Remettre l'Europe à l'endroit 10. La France coule dans mes veines

- 135 pages
- French
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Informations
1. La trahison de « ceux qui savent »
Chacun de nous est en dette avec son enfance. Câest Ă ma jeunesse en NorvĂšge que je dois ma combativitĂ©. Entre hier et aujourdâhui, il existe un fil rouge, un chemin. DâoĂč est-ce que je viens ?
La figure la plus importante de mon enfance est celle de ma grand-mĂšre. Elle Ă©tait divorcĂ©e, ce qui Ă©tait exceptionnel Ă cette Ă©poque. Son pĂšre avait fait fortune dans lâimmobilier durant les brĂšves annĂ©es de prospĂ©ritĂ© que la NorvĂšge a connues entre les deux guerres, avant la grande crise de 1929. Ce fut une intense pĂ©riode de croissance, de faste mĂȘme. Sa famille possĂ©dait des immeubles Ă Oslo. Fille dâinstitutrice, ma grand-mĂšre avait des aspirations culturelles et une attirance pour la beautĂ© en gĂ©nĂ©ral. PassionnĂ©e de musique, exceptionnellement belle, elle Ă©tait le point fixe de notre famille.
Ma grand-mĂšre a Ă©pousĂ© un homme que lâon mâa dĂ©crit ensuite comme sĂ©duisant et intelligent. Simple ouvrier, il travaillait dans la construction navale. Mais il avait un problĂšme avec lâalcool. Quand il avait bu, il devenait violent et la battait. Alors elle lâa quittĂ©. Elle nâavait pas trente ans.
Ă la mort de ses parents, la fortune familiale Ă©tait restĂ©e en indivision. Son frĂšre la gĂ©rait pour elle, plutĂŽt mal. Les immeubles se sont rapidement dĂ©gradĂ©s car les loyers Ă©taient bloquĂ©s et, rattrapĂ©s par lâinflation, ne rapportaient rien. Elle a Ă©levĂ© seule ma mĂšre et mon oncle dans un appartement modeste dâun quartier pauvre de lâest dâOslo, tout en travaillant comme coiffeuse.
Ma grand-mĂšre se sentait dĂ©classĂ©e. Elle rĂȘvait dâune vie qui correspondrait Ă ses aspirations. LâĂ©vocation de ce paradis perdu des annĂ©es 1920 a marquĂ© mon enfance. Ma mĂšre nous a Ă©duquĂ©s dans lâidĂ©e que nous connaĂźtrions bientĂŽt des jours meilleurs. Certes, la vie Ă©tait dure, mais elle nâavait pas Ă©tĂ© toujours comme ça et les bons jours reviendraient, du moins si chacun travaillait en consĂ©quence.
Mon pĂšre Ă©tait fils dâun tailleur dans lâarmĂ©e. Lâatelier de mon grand-pĂšre marchait bien. La famille jouissait dâune aisance suffisante pour que ma grand-mĂšre paternelle ne soit pas obligĂ©e de travailler. Je me souviens quâil soulignait ce fait avec fiertĂ©. Dans la NorvĂšge des annĂ©es 1930, marquĂ©e par la crise Ă©conomique et le chĂŽmage, câĂ©tait un vrai privilĂšge. Mes parents mâont donc transmis le souvenir de cette Ă©poque de dĂ©pression Ă©conomique oĂč le simple fait dâoccuper un emploi dans le tram ou le mĂ©tro Ă©tait une chance, car câĂ©tait un « vrai » mĂ©tier, avec un salaire assurĂ©.
Ma grand-mĂšre avait appris Ă ma mĂšre la coiffure et lui avait inculquĂ© une passion authentique pour la musique et le chant. Mes souvenirs dâenfance sont tissĂ©s de ces bonheurs simples : chanter et Ă©couter de la musique ensemble. Ma grand-mĂšre trouvait que son gendre nâĂ©tait pas assez bien pour sa fille. Elle pensait que câĂ©tait un plouc, dont la famille venait juste dâabandonner lâagriculture. La terre leur collait encore aux semelles. Elle Ă©tait convaincue quâavec ce paysan mal dĂ©grossi dâEyvind (le prĂ©nom de mon pĂšre) ma mĂšre ne connaĂźtrait jamais une vie digne dâelle. CâĂ©tait injuste. Mon pĂšre est mort Ă 93 ans et, jusquâĂ la fin, jâai Ă©tĂ© trĂšs proche de lui. Il sâest rĂ©vĂ©lĂ© un homme bon et vrai.
La conviction dâĂȘtre dĂ©classĂ©e et dâappartenir Ă un autre milieu que celui dans lequel je grandissais mâa marquĂ©e. Nous Ă©tions des artisans, mais nous savions quâil existait un autre monde. Nous portions en nous, et moi la premiĂšre, lâespoir acharnĂ© dâune autre vie. En attendant, il fallait faire bonne figure. Cela passait par notre extrĂȘme souci de la tenue, des vĂȘtements, de lâĂ©lĂ©gance. Maman se faisait une certaine idĂ©e de la distinction. Pour elle, cela comptait. Il fallait quâon fasse un effort dâapparence, quâon sâidentifie Ă un milieu qui nâĂ©tait pas le nĂŽtre. Maman nous racontait parfois quâelle avait Ă©tĂ© invitĂ©e Ă quelques rĂ©ceptions qui lui avaient permis de dĂ©couvrir la bourgeoisie norvĂ©gienne. Cela ravivait sa nostalgie. Dans sa reprĂ©sentation du monde, les ingĂ©nieurs occupaient le haut de la pyramide. Ils dirigeaient les entreprises. Elle leur prĂȘtait une culture et un savoir-faire hors du commun.
Nous avions intĂ©riorisĂ©, quant Ă nous, un vif sentiment dâinfĂ©rioritĂ©. Certes, nous Ă©tions heureux et nos parents Ă©taient dĂ©brouillards. Il nâempĂȘche que nous vivions avec la conscience aiguĂ« quâil existait des gens mieux que nous, des gens plus instruits, plus puissants, capables de faire tourner le monde. La seule façon de leur ressembler, câĂ©tait dâapprendre sans relĂąche. Câest formidable de comprendre le monde, voilĂ ce que nous avions en tĂȘte. Ă toutes les Ă©tapes de ma vie, cette envie mâa poussĂ© en avant. Jâai longtemps cru â pour de bon â que la richesse et la culture allaient ensemble ; que ceux qui « avaient » Ă©taient les mĂȘmes que ceux qui « savaient ». Jâai pensĂ© ainsi jusquâau jour, assez tardif, oĂč jâai commencĂ© Ă comprendre que lâordre des choses nâĂ©tait pas forcĂ©ment celui-lĂ . Les possĂ©dants ne sont pas toujours les meilleurs, loin sâen faut. Ils sont le plus souvent Ă©goĂŻstes ; ils se dĂ©sintĂ©ressent du monde. Cette prise de conscience a culminĂ© avec mon instruction de lâaffaire Elf. Ce fut violent. JâĂ©tais sidĂ©rĂ©e de dĂ©couvrir Ă quel point jâavais Ă©tĂ© naĂŻve. Et docileâŠ
Toute notre formation est une Ă©ducation Ă lâobĂ©issance. On nous rĂ©pĂšte : « Tu vas passer des examens », « Tu vas subir ce test dâembauche », « Tu ne te rĂ©voltes pas ». On nâenseigne pas la rĂ©volte. Cela gĂ©nĂšre chez nous, lâidĂ©e quâil y a des gens qui savent, des gens qui gĂšrent lâĂ©conomie mondiale, des gens qui sâoccupent vraiment des questions importantes et que chacun doit faire son travail. Tu es brancardier, tu fais ton travail de brancardier, et tu laisses le fonds monĂ©taire faire son travail de fonds monĂ©taire !
Au moment de lâaffaire Elf, quand jâai pu apercevoir le dessous des cartes des multinationales, je suis tombĂ©e de haut. Tout comme mâa sidĂ©rĂ©e le discours justificateur de ces dirigeants qui, pour minimiser leurs actes â câest-Ă -dire piller pour eux-mĂȘmes et pour leurs amis â, me rĂ©pĂ©taient que tout le monde le faisait.
Je me suis sentie dâautant plus choquĂ©e que, vus de prĂšs, ces hommes qui dirigeaient Elf Ă©taient plutĂŽt quelconques. Ma vision du monde a commencĂ© Ă changer. Jâai acquis la conviction que les dĂ©cisions politiques nâĂ©taient pas prises dans lâintĂ©rĂȘt collectif. Jâai dĂ©cidĂ© quâil fallait tout faire pour corriger ce dĂ©sordre, arrĂȘter cette immense tromperie, mĂȘme si, comme chacun, je savais que cela prendrait du temps : le monde est un Ă©norme paquebot dont on ne peut pas modifier le cap du jour au lendemain. En tout cas, lâindignation qui mâa saisie a dĂ©cuplĂ© mon Ă©nergie. VoilĂ dâoĂč vient ce que mes ennemis appellent ma « duretĂ© ».
Les « dissidences » démocratiques
LâĂ©cho de lâenfance porte loin. Aujourdâhui encore, je peux comprendre ce quâĂ©prouve un jeune chĂŽmeur de banlieue ou une caissiĂšre en intĂ©rim, cette impression de dĂ©classement, de relĂ©gation, de mise Ă distance par « ceux qui savent ». Instinctivement, je lâai vĂ©cu, nous avons dâabord tendance Ă imaginer que les gens Ă©duquĂ©s sont responsables et que nous pouvons leur faire confiance. Nous acceptons plus ou moins dâappartenir Ă une classe qui nâa pas droit Ă la parole. Cette humilitĂ© naturelle fausse notre comprĂ©hension du monde. Le jour oĂč lâon dĂ©couvre que rien de tout cela nâest vrai, câest un choc.
Les prĂ©tendus responsables que jâinterrogeais dans le cadre des enquĂȘtes financiĂšres, nâĂ©taient pas seulement cupides. Il y avait souvent chez eux une sorte de courte vue proche de la bĂȘtise. De fait, je sais maintenant que la bĂȘtise, y compris la bĂȘtise savante, joue un rĂŽle dans la marche du monde. Nombre de tragĂ©dies lui sont imputables, quâil sâagisse des crises financiĂšres ou des guerres. Je parle de la bĂȘtise â ou de lâignorance â de ceux qui sont censĂ©s savoir et maĂźtriser la situation.
Câest un point central du dysfonctionnement de nos dĂ©mocraties. Les citoyens cĂšdent trop facilement au discours culpabilisateur tenu par les experts sur le mode : « Vous nâavez pas le droit Ă la parole parce que vous ne comprenez pas la nature du problĂšme, câest trop compliquĂ© pour vous ! » Les questions financiĂšres ? Elles sont bien trop complexes pour vous ĂȘtre accessibles. Ce ne peut pas ĂȘtre pas votre problĂšme ! La technologie ou les OGM ? Vous nâavez pas la formation scientifique requise pour vous prononcer ! Le nuclĂ©aire ? Câest une immense question que seuls les spĂ©cialistes peuvent juger. Ils en arrivent Ă tant impressionner les gens que personne nâose plus penser par soi-mĂȘme. Ils sâabandonnent Ă la distraction, au « divertissement » (notamment tĂ©lĂ©visĂ©), avec le risque de ne plus ĂȘtre des citoyens Ă part entiĂšre. Je parle dâautant plus librement de cette humilitĂ© instinctive que jâen ai Ă©tĂ© la victime consentante pendant des annĂ©es.
Il mâa fallu beaucoup de temps pour sortir de lâillusion. Redevenir citoyen, ou militant, câest cela. On se dit que ça suffit, quâil est temps de refuser dâĂȘtre intimidĂ© par les discours venus dâen haut. On ne veut plus accorder aveuglĂ©ment sa confiance aux « dĂ©cideurs ». On a compris quâils font â et feront sans doute â un mauvais usage de cette confiance. Aujourdâhui, des millions de gens en sont lĂ . Ils se mĂ©fient a priori des experts. LâactualitĂ© des vingt ou trente derniĂšres annĂ©es leur a donnĂ© une foule dâexemples dâerreurs dramatiques, commises au nom du savoir ou de la compĂ©tence. Câest peu de dire quâils en gardent le souvenir.
Songeons aux grandes affaires touchant Ă la santĂ© publique : de la vache folle au sang contaminĂ©, Ă lâamiante en passant par les morts de la canicule ou le scandale du MĂ©diator. Pensons aux dĂ©sastres nuclĂ©aires â Three Miles Island en 1979, Tchernobyl en 1986, Fukushima en 2011 â, dĂ©sastres dont on nous disait quâils ne « pouvaient » pas se produire, car ces affaires Ă©taient gĂ©rĂ©es par des gens sĂ©rieux.
Nâoublions pas certaines autres catastrophes, climatiques celles-lĂ : le cyclone Katrina Ă la Nouvelle-OrlĂ©ans en aoĂ»t 2005 ou les inondations meurtriĂšres de la cĂŽte atlantique française, au moment de la tempĂȘte Xynthia en fĂ©vrier 2010. Tous ces Ă©vĂ©nements ont montrĂ© a posteriori que les lois et les rĂšgles Ă©lĂ©mentaires de prudence nâavaient pas Ă©tĂ© respectĂ©es par les « responsables », lesquels Ă©taient plus soucieux de profit que dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Nâoublions pas les accidents financiers comme celui des subprimes en septembre 2008, dâabord imputables Ă la cupiditĂ© ou Ă lâirresponsabilitĂ© des gens sĂ©rieux. Leur dĂ©faillance, intellectuelle et morale, a Ă©tĂ© â est encore â effroyablement coĂ»teuse pour les peuples ignorants (nous tous !) dont ils avaient la charge.
Pensons mĂȘme Ă certaines aventures militaires comme lâintervention amĂ©ricaine de 2003 en Irak, dĂ©cidĂ©e par Georges W. Bush et fondĂ©e sur un mensonge initial Ă propos des « armes de destruction massive » que Saddam Hussein Ă©tait supposĂ© possĂ©der. Nâoublions pas non plus cette longue, trĂšs longue guerre en Afghanistan, qui dĂ©fiait le bon sens et sâest terminĂ©e en quasi-dĂ©route. La bĂȘtise savante est capable de mettre le feu au monde. Je pourrais citer bien dâautres exemples analogues. Chaque fois, ils rĂ©vĂšlent que des Ă©lites ont failli, au sens le plus fort du terme. Ils montrent que les responsables ne lâont pas Ă©tĂ©.
Ă force dâintimider les gens en mettant en avant leur « ignorance », le systĂšme politique finit par les dĂ©tourner de leurs rĂ©flexes citoyens. Ils sâimaginent, Ă tort, quâils ne sont pas Ă la hauteur, que le monde est devenu trop complexe pour quâils puissent agir sur lui. Câest ainsi quâinsensiblement, la dĂ©mocratie sâalanguit, sâĂ©tiole, se dĂ©sactive. Les citoyens, dĂ©couragĂ©s, font dissidence. Ils peuvent le faire de deux façons : soit passivement en dĂ©sertant les urnes, comme en tĂ©moigne la tendance grandissante Ă lâabstention dans la plupart des dĂ©mocraties modernes, y compris les Ătats-Unis ; soit en choisissant, par dĂ©pit, un vote purement protestataire, ce qui alimente un peu partout en Europe, le populisme dâextrĂȘme droite. Au fond, ces deux dissidences participent dâune mĂȘme dĂ©sespĂ©rance des citoyens. Ils nây croient plus. Les pouvoirs ont tout fait pour les amener lĂ .
Mais une histoire nâest pas faite dâune seule piĂšce. Le sentiment de dĂ©classement, avec lequel jâai grandi, sâaccompagnait dâune grande curiositĂ©. JâĂ©tais tenaillĂ©e par la volontĂ© de progresser, dâenrichir ma connaissance du monde, de mâĂ©lever au sens oĂč lâentendait ma mĂšre. Ces Ă©tapes successives, je les appelais mes « plates-formes », un peu comme un alpiniste parle des camps successifs qui lui permettent de grimper en altitude, Ă partir du camp de base. Autour de mes vingt ans, ma « plate-forme » de NorvĂšge nâĂ©tait dĂ©jĂ pas si mal. Jâavais passĂ© mon bac avec succĂšs, ce qui dans mon milieu Ă©tait assez improbable. En 1962, Ă peine 15 % dâune classe dâĂąge rĂ©ussissait son bac. La reproduction sociale avait fait son travail de sĂ©lection naturelle. Nous Ă©tions seulement deux Ă©lĂšves issus de mon cours prĂ©paratoire Ă atteindre ce niveau.
Je dois ce premier succĂšs Ă tous ces gens, y compris ma mĂšre, qui nous ont poussĂ©s au travail en nous persuadant que nous pouvions espĂ©rer mieux que la classe oĂč nous vivions.
Ma « plate-forme » de NorvĂšge, câĂ©tait cela : jâavais montrĂ© que jâĂ©tais assez intelligente pour obtenir brillamment mon bac. En outre, jâavais fait un peu de théùtre, et jâavais Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©e pour concourir Ă lâĂ©lection de Miss NorvĂšge. AprĂšs tout, ce nâĂ©tait dĂ©jĂ pas rien.
Jâavais vingt ans quand je suis arrivĂ© en France. Lâoccasion sâĂ©tait prĂ©sentĂ©e de perfectionner mon français en partant un an comme jeune fille au pair. Jâai saisi ma chance. Quel bonheur ! Aujourdâhui, la NorvĂšge est un pays riche, grĂące au boom du pĂ©trole en mer du Nord, et les gens sont connectĂ©s au reste du monde. Mais dans les annĂ©es 1960, entre la NorvĂšge et la France, câĂ©tait le jour et la nuit. Par rapport au Paris enchanteur que je dĂ©couvrais, mon pays natal mâapparaissait pauvre et rugueux, Ă©troit dâesprit. Je revois encore les marchĂ©s remplis de fruits, de lĂ©gumes et de fleurs, les cafĂ©s, les boutiques et les vitrines Ă©blouissantes, les rues pavĂ©es dâhistoire, la culture, la sĂ©duction et lâhumour des Français que je croisais, les cinĂ©mas et les librairies Ă chaque coin de rue. Les QuĂ©bĂ©cois emploient lâexpression « tomber en amour ». Je suis littĂ©ralement tombĂ©e en amour avec ce pays. Je suis dâascendance viking sur vingt gĂ©nĂ©rations au moins. Mais une partie de moi, de mes rĂȘves, mes aspirations à « la vie bonne » dont parlait Montaigne, cette partie-lĂ a immĂ©diatement rĂ©sonnĂ© avec la France, a fait corps avec elle.
AprĂšs une premiĂšre expĂ©rience dĂ©sagrĂ©able dans le xvie arrondissement de Paris, je suis arrivĂ©e comme jeune fille au pair dans la famille Joly en fĂ©vrier 1964. Jâai Ă©crit un jour que cette famille vivait avec la conviction dâhabiter le plus bel appartement dans la plus belle rue de la plus belle ville du monde. Cette phrase les rĂ©sume dans leur orgueil et leur faiblesse. Ils Ă©taient intelligents, brillants et cultivĂ©s. Je connaĂźtrais par la suite leurs secrets, mais câest la lumiĂšre qui mâa dâabord frappĂ©e.
Jâai vite compris que ma « plate-forme » norvĂ©gienne ne suffirait plus. Jâavais dâautres codes Ă apprendre. Belle leçon de modestie, y compris sur le plan vestimentaire. On mâa tout de suite dit que je nâavais aucun goĂ»t. Je portais des vĂȘtements Ă la mode en NorvĂšge, mais sĂ»rem...
Table des matiĂšres
- Couverture
- Page de titre
- Présentation
- Exergue
- Hommage aux citoyens anonymes
- 1. La trahison de « ceux qui savent »
- 2. Au cĆur de lâĂtat
- 3. Mon horizon sâĂ©largit, lâindignation aussi
- 4. Trop française pour la NorvÚge
- 5. Je ne suis pas nĂ©e Ăcologiste
- 6. Entrée en politique
- 7. Ce que jâai vu Ă Fukushima
- 8. La leçon islandaise
- 9. Remettre lâeurope Ă lâendroit
- 10. La France coule dans mes veines
- Remerciements
- Page de copyright
- Du mĂȘme auteur
- Appel Ă financement
Foire aux questions
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