No bank
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No bank

  1. 186 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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À propos de ce livre

En octobre 2011, Hugues Le Bret démissionne de la direction de Boursorama pour publier en toute liberté son témoignage sur l'affaire Kerviel. Son livre est un succÚs mais, rapidement, les portes se ferment. Hugues Le Bret a brisé la rÚgle du silence des dirigeants du CAC 40. Le systÚme lui fait payer. C'est un homme libre, mais seul. Une rencontre change le cours de son destin...

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Informations

Éditeur
Les ArĂšnes
Année
2014
Imprimer l'ISBN
9782352042808
ISBN de l'eBook
9782352043089
Sanction
Alger Plage, juillet 1973.
Heddi Boulanouar s’affaire dans sa villa de bord de mer situĂ©e Ă  vingt kilomĂštres du centre-ville, sous le regard de Sakina, sa femme, de ses deux petites filles et de sa belle-sƓur Malika, que le couple a recueillie six ans auparavant. La famille est assez aisĂ©e. Les Boulanouar emploient un jardinier, une femme de mĂ©nage et un cuisinier.
Sakina porte dans les bras la toute petite Miriam et tient par la main leur fille aĂźnĂ©e, Samira, 5 ans. Elle est enceinte du troisiĂšme. Elle a l’habitude d’ĂȘtre en retrait. Elle vient d’une famille de neuf enfants, originaire d’un bled nommĂ© El-MaĂŻn, en Petite Kabylie. Un village « ravitaillĂ© par les corbeaux », comme on dit lĂ -bas, oubliĂ© du monde. Un village oĂč les femmes n’ont d’autre droit que celui d’ĂȘtre soumise Ă  la volontĂ© du pĂšre, puis du mari. Un village oĂč l’on marie les petites filles Ă  14 ans. Un village fui par Malika pour Ă©viter les coups infligĂ©s par son pĂšre.
Ce jour de juillet Ă©crasĂ© de soleil, Heddi creuse les talons compensĂ©s de deux paires de chaussures que porteront Sakina et Malika pour passer la douane. Il regarde par la fenĂȘtre. Personne. Il prend les dinars qu’il lui reste, l’équivalent de 1 500 nouveaux francs*, les plie minutieusement et les tasse Ă  l’intĂ©rieur des talons. Une fois l’argent bien rĂ©parti, il recolle les semelles. Une sociĂ©tĂ© de dĂ©mĂ©nagement a dĂ©jĂ  enlevĂ© tous les meubles pour les charger sur le bateau de Toulon. Des amis coopĂ©rants français ont fait mine de les acheter pour faciliter les contrĂŽles. Les deux femmes se chaussent. Heddi jette un Ɠil sur les passeports. Les billets d’avion sont bien dans sa poche. Il vĂ©rifie plusieurs fois.
Heddi a Ă©tĂ© un fervent soutien du FLN, le Front de libĂ©ration nationale qui a menĂ© la guerre d’indĂ©pendance. En 1962, il n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  choisir la nationalitĂ© algĂ©rienne alors que ses Ă©tudes en France lui permettaient facilement d’opter pour la nationalitĂ© française. Mais trois ans plus tard, le prĂ©sident rĂ©guliĂšrement Ă©lu, Ahmed Ben Bella, est renversĂ©. Depuis, la rĂ©volution promise a fait place Ă  un rĂ©gime autoritaire.
Heddi se rappelle avec amertume du coup d’État de BoumĂ©diĂšne, le 19 juin 1965. À l’époque, le cinĂ©aste Costa-Gavras Ă©tait en plein tournage du film Z, sur la dictature des colonels en GrĂšce. Dans les rues d’Alger, des chars et des comĂ©diens habillĂ©s en militaires faisaient office de figurants. Heddi Ă©tait alors journaliste politique et culturel pour Radiodiffusion TĂ©lĂ©vision AlgĂ©rienne (RTA), Sakina Ă©tait dactylo au mĂȘme endroit. Heddi parlait notamment au micro de Radio Culture et de Radio AlgĂ©rie Internationale.
Les putschistes se sont servis du tournage de Costa-Gavras. L’armĂ©e, la vraie, s’est mĂȘlĂ©e aux faux chars et aux faux uniformes de cinĂ©ma. Les putschistes ont profitĂ© de l’évĂ©nement pour investir les rues et tous les lieux stratĂ©giques, notamment les mĂ©dias. À la manƓuvre, le ministre de la DĂ©fense, Houari BoumĂ©diĂšne.
Ironie du sort, Z est un rĂ©quisitoire contre la dictature inspirĂ©e par l’assassinat du dĂ©putĂ© grec Grigoris Lambrakis en 1963, Ă  Thessalonique. Le journaliste Vassilis Vassilikos en commet le roman Ă©ponyme, qui sert de base au scĂ©nario. Le film se situe dans un pays du Bassin mĂ©diterranĂ©en au milieu des annĂ©es 1960. Yves Montand, dĂ©putĂ© progressiste, lutte contre les dĂ©rives totalitaires du rĂ©gime. Il meurt dans un accident tragique. Jean-Louis Trintignant, juge d’instruction, dĂ©voile l’implication directe de l’armĂ©e et du pouvoir dans ce qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre un assassinat. Il dĂ©noue un vaste rĂ©seau de complicitĂ©s.
À la radio, les Ă©quipes travaillent au rythme des trois-huit. Les « brigades » de collaborateurs se remplacent les unes les autres, 24 heures sur 24. Heddi et Sakina arrivent Ă  5 heures du matin pour prendre leur tour. Les putschistes les laissent entrer. Les journalistes sont rassemblĂ©s Ă  l’antenne, on leur demande de lire des dĂ©clarations Ă  la gloire du nouveau rĂ©gime. Heddi refuse, il a optĂ© pour la dĂ©mocratie, pas pour une dictature militaire. Il ne se couche pas. Il n’accepte pas de se faire voler « sa » rĂ©volution.
Il est le seul.
BoumĂ©diĂšne prend la tĂȘte du gouvernement et du Conseil de la rĂ©volution nouvellement formĂ©. Les fonctions rĂ©galiennes sont investies par l’armĂ©e. Les nouveaux dirigeants sont favorables au non-alignement et Ă  l’unitĂ© des pays arabes et africains. Le monde impĂ©rialiste est dans le collimateur.
Heddi est immĂ©diatement blacklistĂ©. On lui crĂ©e de nombreux ennuis au bureau, il n’a plus droit au micro. Puis il est poussĂ© Ă  la dĂ©mission. Sakina aussi.
GrĂące Ă  un ami bien placĂ© au ministĂšre de l’Information, Heddi trouve quelques semaines plus tard une place comme responsable d’une sociĂ©tĂ© d’édition, l’Entreprise AlgĂ©rienne de Presse (ENAP), mais il ne peut plus Ă©crire. Il s’occupe de la diffusion. Sakina devient intĂ©rimaire pour des sociĂ©tĂ©s amĂ©ricaines.
En 1969, Alger accueille le PANAF, le premier Festival culturel panafricain. L’AlgĂ©rie souhaite intensifier ses relations avec la rĂ©publique du Congo, le Mali, la GuinĂ©e, la RĂ©publique arabe unie, mais aussi la CĂŽte d’Ivoire et tous les pays du Maghreb. Le changement de rĂ©gime en Libye, intervenu au cours de l’étĂ© 1969, est chaleureusement accueilli. BoumĂ©diĂšne, prĂ©sident en exercice de la confĂ©rence des chefs d’État africains, inaugure l’évĂ©nement au palais des Nations du Club des Pins. PrĂšs de 1 500 personnes assistent Ă  son discours, dont les membres du Conseil de la rĂ©volution et du gouvernement algĂ©rien, les reprĂ©sentants du corps diplomatique accrĂ©ditĂ©s et tous les chefs de dĂ©lĂ©gations, ministres, Ă©crivains, cinĂ©astes ainsi que diverses personnalitĂ©s europĂ©ennes des arts et des lettres. Alger vibre au son du bendir et de la voix forte de l’Afrique dĂ©colonisĂ©e. Son discours est sans ambiguĂŻtĂ© : « Le premier festival panafricain n’est pas un divertissement gĂ©nĂ©ral qui nous distrairait de la lutte quotidienne, annonce-t-il d’entrĂ©e, il fait partie d’un immense effort pour notre Ă©mancipation. Il fait partie du combat que nous continuons tous en Afrique Ă  mener : qu’il soit celui du dĂ©veloppement ou de la libĂ©ration nationale. Le colonialisme est un mal que nous avons tous subi, vĂ©cu, et dont nous avons triomphĂ©. Mais son mĂ©canisme est complexe. Le colonialisme est dans son essence comme dans son esprit un acte total. Il ne peut qu’ajouter Ă  sa domination matĂ©rielle une emprise sociale et culturelle. »
Le rĂ©gime se radicalise franchement, la libertĂ© d’expression est abolie, la culture est reprise en main par le pouvoir, « l’emprise sociale » devient le leitmotiv de la rĂ©pression. Alger devient rapidement la capitale des rĂ©volutionnaires en exil, ceux de Palestine, d’AmĂ©rique latine ou d’Asie, les Vietnamiens et les Cambodgiens, le refuge de toutes les victimes du colonialisme portugais, de l’apartheid d’Afrique du Sud, de Namibie ou de RhodĂ©sie, celui de tous les opposants aux rĂ©gimes fascistes brĂ©silien, espagnol ou grec. L’anti-impĂ©rialisme constitue l’alpha et l’omĂ©ga du rĂ©gime : tout est mis au service de ce mot d’ordre. La libertĂ© d’opinion disparaĂźt rapidement, l’autosuffisance alimentaire du pays aussi. Alger la blanche devient Alger la rouge.
Heddi se sait dans le collimateur. Des proches du pouvoir viennent de plus en plus souvent Ă  la maison demander Ă  sa famille quand il reviendra. Il se cache. On demande alors ce qu’il fait, sur quoi il travaille. Il se sent menacĂ©. Ce n’est pas grave, ne vous inquiĂ©tez pas, dit-on Ă  Sakina, nous repasserons. Heddi s’alarme. Il a dĂ©jĂ  vu des policiers en civil venir chez des voisins. Ils ont emmenĂ© les hommes pour un contrĂŽle « de...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Dédicace
  5. Sanction
  6. Amorçage
  7. Révélation
  8. Contrecoup
  9. Décollage

Foire aux questions

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