Deuxième partie
Approches et marchés
Chapitre 4
Les apports de l’analyse ESG
Jean-Philippe Desmartin, Edmond de Rothschild AM
Introduction
L’investisseur final, particulier ou institutionnel, gère rarement directement son épargne et la délègue généralement à un spécialiste, l’asset manager ou société de gestion en français. L’asset manager a pour objet social principal la gestion d’actifs financiers (actions, obligations…). Soumis à de nombreuses obligations, dont le principe de responsabilité fiduciaire qui recouvre plusieurs dimensions, l’asset manager doit d’abord s’assurer de la prise en compte des intérêts de son client en optimisant la courbe rendement/risque de ses actifs, en sauvegardant et en augmentant la valeur financière des actifs qui lui ont été confiés. Pour un mandat fermé comme pour un fonds ouvert, cette feuille de route est formalisée dans la politique d’investissement qui comprend trois éléments essentiels ; l’objectif de gestion, le style de gestion adopté et le processus d’investissement qui décrit les différentes étapes permettant de répondre aux objectifs financiers comme de durabilité. Les investisseurs institutionnels finaux gérant tout ou partie de leurs actifs en direct sont aussi concernés par l’intégration de l’analyse ESG (Environnement, Social, Gouvernance). Le terme « investisseur » s’applique donc aussi bien à un asset manager qu’à un investisseur institutionnel pour la gestion des actifs qu’il ne délègue pas.
Si l’on exclut les fonds éthiques (cf. chapitre 1), l’investisseur n’intégrait systématiquement et de façon structurée, jusqu’il y a une trentaine d’années, que des considérations économiques et financières dans les différentes étapes de sa politique d’investissement. Le développement de l’investissement responsable depuis plusieurs décennies conduit à identifier les étapes de l’intégration de critères de durabilité dans une politique d’investissement ; objectifs et contraintes ESG, choix du référentiel, méthodologie, outils de mesure et d’analyse disponibles. Pour l’investisseur, l’analyse ESG apporte une double opportunité ; optimiser sur le long terme le couple rendement/risque et améliorer l’impact social et environnemental de ses investissements. C’est le principe de la double matérialité, financière et de durabilité. Fonds éthique, fonds de développement durable, fonds socialement responsable, analyse extra-financière… De multiples terminologies ont fleuri, fleurissent et fleuriront. Nous nous limiterons principalement dans le présent chapitre à la terminologie « analyse ESG ».
1. Approches et méthodologies existantes
L’analyse ESG est une activité encore émergente, qui bien qu’elle ait désormais perdu sa dimension pionnière, se caractérise encore par une grande diversité. Beaucoup reste à découvrir sur les méthodologies, les critères ou encore l’accès aux informations. L’investisseur doit ainsi combiner de nombreuses approches, comme dans un système de poupées russes ou « matriochkas » placées les unes à l’intérieur des autres.
1.1. Le choix du référentiel ESG
L’investisseur doit d’abord choisir un référentiel ESG qui comprend généralement une double dimension, à la fois normative/régulation et de marché. Un référentiel normatif/régulation intègre les obligations légales par exemple en matière de reporting (l’article 173 en France défini en 2015 complété et mis à jour en 2021 par l’article 29 et les normes fondées sur les droits fondamentaux à l’instar des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) ou des textes des Nations Unies en matière de Droits de l’homme. Un référentiel de marché s’appuie sur les meilleures pratiques et innovations constatées sur le terrain.
L’usage de ce référentiel conduit l’investisseur à ne plus investir par exemple dans les sociétés spécialisées dans les mines antipersonnel et les bombes à sous munitions, fragmentation. Cela découle de la régulation sur ces activités liées à l’implication de la France, d’une part, dans le traité d’Ottawa de 1997 et, d’autre part, dans la Convention d’Oslo de 2008.
L’investisseur peut arbitrer ensuite entre un référentiel absolu, qui débouchera par exemple sur l’exclusion ou la sous-pondération de secteurs économiques ou de certains types d’actifs financiers, et un référentiel relatif en privilégiant les meilleurs émetteurs, secteur par secteur, ou bien actif financier par actif financier. Une analyse absolue peut ainsi conduire à l’exclusion de secteurs trop émetteurs directs de gaz à effet de serre (acier, ciment, transport aérien…), tandis qu’une approche relative privilégiera les entreprises les moins émettrices de gaz à effet de serre au sein de ces secteurs fortement émetteurs. Le développement de thématiques comme le changement climatique ou la biodiversité contribue à une montée en puissance des approches en absolu.
L’investisseur peut faire le choix d’externaliser ...