Le train comme vous ne l'avez jamais lu
eBook - ePub

Le train comme vous ne l'avez jamais lu

Paroles de cheminots

  1. French
  2. ePUB (adaptée aux mobiles)
  3. Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub

Le train comme vous ne l'avez jamais lu

Paroles de cheminots

À propos de ce livre

« Installée dans ma cabine, je dois me concentrer sur plusieurs choses à la fois. D ?abord, regarder la voie, évidemment. Ensuite, surveiller la pendule qui affiche en temps réel l ?évolution du train et les horaires à respecter. Surtout, ne pas louper une gare! Un signe au chef de gare et me voilà repartie. »
Embarquer le lecteur dans une cabine de conduite, l'entraĂźner dans le mouvement incessant des trains qui se croisent, des contrĂŽleurs qui circulent de voiture en voiture, des agents qui « cheminent » le long des voies pour vĂ©rifier les rails, charrier des traverses et entretenir les catĂ©naires. Le plonger dans le tourbillon des usagers qui vont et viennent devant les guichets, se perdent parfois sur les quais. Puis l'emmener derriĂšre le dĂ©cor, dans quelques-uns des bureaux et ateliers oĂč s'organise la vie quotidienne des agents de la SNCF: c'est le voyage proposĂ© par ce livre, Ă  l'heure oĂč le chemin de fer se privatise...
Le train, raconté par les cheminots. Le train comme vous ne l'avez jamais lu.

Sous la coordination de Christine Depigny-Huet et Pierre Madiot.

Approuvé par les 375,005 étudiants

AccÚs à plus de 1,5 million de titres pour un prix mensuel raisonnable.

Étudiez plus efficacement en utilisant nos outils d'Ă©tude.

Informations

Année
2019
Imprimer l'ISBN
9782708246164
ISBN de l'eBook
9782708252936

Chapitre 1

À bord{2}

À l’origine, le conducteur d’un train est un mĂ©canicien. Il a une locomotive attitrĂ©e dont il est responsable. Non seulement il la conduit, mais il est Ă©galement chargĂ© de l’entretenir et de la rĂ©parer. Le mĂ©canicien est accompagnĂ© d’un chauffeur, « celui qui chauffe », qui est chargĂ© de mettre du charbon dans la machine afin qu’elle produise de la vapeur pour faire avancer le train. Le mĂ©canicien hĂ©rite d’un sobriquet Ă  la mesure de son importance dans l’inconscient de l’usager qu’il transporte, c’est un « baron du rail ».
Le train Ă  vapeur a disparu du paysage. AprĂšs le gasoil, c’est l’électricitĂ© qui dĂ©sormais alimente les machines. MĂȘme s’il veille Ă  ce qu’elle fonctionne bien, le conducteur n’entretient plus vraiment sa locomotive qui regorge de systĂšmes informatiques complexes. Le mĂ©canicien est devenu un « pousse-manette ». Bien sĂ»r, aucun cheminot ne croit qu’il suffit d’actionner une manette pour qu’un train effectue son trajet mais, dans la famille, se moquer des uns et des autres renforce les liens. Les « barons du rail » sont donc toujours prĂ©sents avec, pour le grand public, en tĂȘte d’affiche, les conducteurs de TGV. Les images sont pourtant trompeuses, il est bien plus difficile de conduire une locomotive tirant un train de marchandises de plus d’un kilomĂštre qu’un TGV...
Jusqu’à maintenant, le conducteur n’est jamais le seul cheminot Ă  bord du train. Il est accompagnĂ© des contrĂŽleurs. Au dĂ©but de l’aventure ferroviaire, ces derniers s’appellent les « bottes de paille ». Dans le fourgon des trains de voyageurs oĂč ils sĂ©journent est en effet entreposĂ© du fourrage, destinĂ© au bĂ©tail, que les contrĂŽleurs se chargent de dispatcher au fil des gares. Les temps ont lĂ  aussi changĂ©. Les bottes de paille ont disparu des trains et les contrĂŽleurs sont devenus des « araignĂ©es de fourgon ». L’espace qu’ils occupent, distinct de celui des voyageurs, sert aussi Ă  entreposer les vĂ©los et, comme les araignĂ©es, les contrĂŽleurs s’y accrochent... Leur mĂ©tier ne se limite pas Ă  vĂ©rifier si tous les usagers disposent d’un billet. Ils veillent sur les voyageurs, assurent leur sĂ©curitĂ©, repĂšrent les signes avant-coureurs de tensions, renseignent les usagers, etc.
Mais aujourd’hui, les dirigeants de la SNCF voudraient supprimer les araignĂ©es de fourgon, au nom de la rĂ©duction des coĂ»ts et au prĂ©texte que le contrĂŽle des billets peut se faire avant d’accĂ©der au train. Et pourquoi pas supprimer les hĂŽtesses et stewarts dans les avions ?

« Conductrice de train, c’est le mĂ©tier qui me faisait rĂȘver petite »

Fabienne, conductrice de TER

Surtout, ne pas louper une gare ! InstallĂ©e dans ma cabine de pilotage, je dois me concentrer sur plusieurs choses Ă  la fois. D’abord, regarder la voie, Ă©videmment. Ensuite, surveiller la pendule qui affiche en temps rĂ©el l’évolution du train et les horaires Ă  respecter. Avoir un Ɠil sur le cadran de vitesse et sur le cadran du frein. C’est un systĂšme Ă  air comprimĂ© : vĂ©rifier que les pressions sont toujours nickel, qu’il n’y a pas de fuite. Si je n’ai pas d’air, je ne peux pas rouler. À chaque arrĂȘt et Ă  chaque dĂ©part, des ordinateurs m’indiquent toutes les informations qui concernent la sĂ©curitĂ© des voyageurs, l’ouverture et la fermeture des portes. Un signe au chef de gare, et me voilĂ  repartie.
Toute mon attention doit ĂȘtre concentrĂ©e sur la conduite du TER. Je n’ai pas le droit au tĂ©lĂ©phone... pas de musique, pas de FM, rien. On ne peut mĂȘme pas communiquer entre conducteurs. En cas de nĂ©cessitĂ© absolue, j’ai juste le contact avec l’agent de circulation par la radio du bord. Pour ĂȘtre conductrice, il faut donc que j’accepte de vivre seule des journĂ©es entiĂšres, les yeux rivĂ©s sur les rails et sur les instruments. Les gens ne se rendent pas compte de cette solitude. En plus, je pars sur deux jours, sans pouvoir rentrer Ă  la maison. Le soir, je suis hĂ©bergĂ©e dans un foyer ou dans un hĂŽtel prĂ©vu pour les personnels de la SNCF dans chaque « gare d’origine », lĂ  d’oĂč dĂ©marrent les premiers trains du matin.
En rĂ©alitĂ©, je ne me contente pas de conduire. Je dois sentir mon train. Quand une panne arrive, ce n’est pas le moment d’appeler quelqu’un pour qu’il me dise : « Fais ci ou fais ça. » Le train avance, il y a des voyageurs dedans. Il faut que je prenne instantanĂ©ment la bonne dĂ©cision. Alors, les procĂ©dures extrĂȘmement strictes, apprises par cƓur pendant mon annĂ©e de formation, rĂ©pĂ©tĂ©es dans des simulateurs oĂč j’ai Ă©tĂ© confrontĂ©e Ă  toutes les situations possibles et imaginables, ressortent d’un coup comme si j’avais Ă©tĂ© programmĂ©e. Ce sont des automatismes. Et si quelqu’un Ă  la radio me dit : « Non, non ! Il faut faire autrement ! », c’est moi qui pilote la machine. C’est moi qui dĂ©cide, seule. Donc, c’est une sacrĂ©e responsabilitĂ© !
Une fois, j’ai perdu un morceau de mon train : une partie mĂ©canique s’est tout d’un coup dĂ©solidarisĂ©e de la machine. Ça surprend... Une autre fois, j’ai eu une voiture bloquĂ©e en plein milieu de la voie. Par chance, j’ai rĂ©ussi Ă  m’arrĂȘter avant de la percuter. J’ai rencontrĂ© aussi un passage Ă  niveau ouvert. LĂ , j’ai quand mĂȘme eu peur. J’étais lancĂ©e « pleine balle » et puis, d’un seul coup, j’ai vu que les barriĂšres Ă©taient levĂ©es. Je ne pouvais pas savoir si une voiture allait arriver et s’engager en toute insouciance... J’ai fait tout ce qu’il y avait Ă  faire dans l’urgence et j’ai prĂ©venu aussitĂŽt l’agent de conduite du poste d’aiguillage pour empĂȘcher qu’un train n’arrive de l’autre cĂŽtĂ© au mĂȘme moment. À ce moment-lĂ , c’est le palpitant qui s’emballe. Une grosse montĂ©e d’adrĂ©naline ! Heureusement, je n’ai jamais eu d’accident grave. Surtout, j’ai eu la chance de ne pas avoir un « accident de personne ». C’est ce que je redoute le plus. Au niveau de la procĂ©dure, ce n’est pas ce qu’il y a de plus compliquĂ© Ă  gĂ©rer, mais c’est un choc psychologique terrible. Nombre de conducteurs qui ont eu ce genre d’accident disent : « J’ai Ă©crasĂ© quelqu’un. » Ce n’est pas anodin. Et ça arrive en moyenne une fois par carriĂšre. Entre novembre et NoĂ«l, au moment oĂč les gens ne vont pas bien, oĂč les jours raccourcissent, c’est une Ă©ventualitĂ© qui nous hante...
S’il y a du retard, je ne peux pas faire grand-chose pour le combler. Chaque train a une « marche tracĂ©e ». Par exemple pour un Saint-Nazaire-Nantes, tout est prĂ©vu pour que j’arrive Ă  une heure donnĂ©e, avec des vitesses de rĂ©fĂ©rence. De toute façon, l’engin doit respecter une vitesse limite, et la voie comporte des tronçons Ă  vitesse imposĂ©e. Chez nous, quand on dit qu’on roule Ă  140 Ă  l’heure, ce n’est pas 141. Si jamais je dĂ©passe d’un seul km/h, mon supĂ©rieur viendra me signifier que j’ai commis une faute. Quand la « marche tracĂ©e » est basĂ©e sur la vitesse limite, impossible de gagner la moindre seconde. En fait, pour rattraper du temps, il faut avoir une marche de base souple. Par exemple, quand deux trains partent Ă  peu prĂšs Ă  la mĂȘme heure sur les lignes de Redon et de Saint-Nazaire qui se rejoignent Ă  Savenay, on va demander Ă  l’un de rouler plus lentement pour pouvoir passer derriĂšre l’autre. Au lieu d’une vitesse de base de 140, il roulera Ă  120. Ainsi, s’il a du retard, il pourra en rattraper un peu en roulant au-dessus de 120. Mais c’est de plus en plus rare parce qu’il y a de plus en plus de trains. Il faut que ça dĂ©gage. On n’est pas dans un avion qui peut voler en dessous, au-dessus, Ă  droite ou Ă  gauche des autres. Les trains, c’est vraiment tous Ă  la queue leu leu. Donc, toutes les marges sont au taquet. C’est mathĂ©matique.
Conductrice de train, c’est le mĂ©tier qui me faisait rĂȘver petite. Quand j’ai commencĂ©, je partais Ă  midi et je revenais le lendemain pour midi aprĂšs avoir dormi Ă  l’extĂ©rieur. Aujourd’hui, je peux partir Ă  5 heures du matin et revenir Ă  22 heures le lendemain puis changer complĂštement d’horaires le jour suivant. Dans ces conditions, gĂ©rer la vie de famille devient compliquĂ©. À la fatigue s’ajoutent la pression d’un management agressif et la lassitude d’ĂȘtre corvĂ©able Ă  merci. Au dĂ©but de ma carriĂšre, aucun cheminot n’émettait mĂȘme l’hypothĂšse de quitter la SNCF. Aujourd’hui, je ne sais pas si on peut en dire autant.

« Tu as un peu des yeux dans le dos »

François, conducteur TA

Un train, c’est beaucoup plus traĂźtre qu’une voiture. Ça ne s’arrĂȘte pas pareil. Il faut toujours anticiper, repĂ©rer ton point d’arrĂȘt, te le mettre dans la tĂȘte, parce que si tu dĂ©passes ce point de freinage, c’est foutu ! Il faut anticiper de deux Ă  trois cents mĂštres. Les jeunes conducteurs, souvent, je les reprends lĂ -dessus. Ils n’anticipent pas assez. Évidemment, un train, ça suit les rails ; tu n’as pas le cĂŽtĂ© « coup de volant » comme en voiture. Tu n’en as pas non plus qui te doublent Ă  gauche ou Ă  droite, mais tu as une vitesse Ă  respecter ; tu dois connaĂźtre tes voies. Si c’est en pente ou en rampe, ça rĂ©agit vraiment diffĂ©remment. Ça demande beaucoup d’anticipation ; il faut une marge de sĂ©curitĂ©, car si tu commences Ă  empiĂ©ter lĂ -dessus, quoi qu’il arrive, un jour ou l’autre, vu le temps que tu vas passer sur les rails dans ta carriĂšre, tu vas te faire piĂ©ger. Le cĂŽtĂ© traĂźtre, il est lĂ .
Dans le rĂ©seau Île-de-France, il y a beaucoup de feux, et il faut donc rester vigilant en permanence. En fait, chaque feu que je franchis et qui n’est pas au vert, il faut que je l’acquitte, il faut que je signale que je l’ai bien vu, sinon le train s’arrĂȘte. Tout est fait pour qu’en cas de somnolence ou de non-vigilance du conducteur, le train s’arrĂȘte. Tous les systĂšmes de sĂ©curitĂ© sont faits comme ça. Tu ne tombes pas directement sur un feu rouge ; tu es d’abord sur un feu vert, puis un jaune et ensuite un rouge. Au moment oĂč tu franchis un feu jaune qui t’avertit que tu vas avoir un feu rouge ou autre, ça « bipe » dans ta cabine ; il y a une lumiĂšre qui clignote ; il va y avoir une vingtaine de clignotements. Si tu ne l’acquittes pas, au bout de vingt clignotements, le train s’arrĂȘte.
Il y a la pĂ©dale aussi. Je suis en permanence en train de tenir un arceau. Tu peux te servir de tes pieds ou de tes mains. Si j’ai cinq secondes de relĂąchement, si je lĂąche tout, si je ne fais rien, ça va se mettre Ă  sonner cinq secondes et aprĂšs le train va s’arrĂȘter. Il faut que j’appuie rĂ©guliĂšrement. Inversement, si je reste longtemps appuyĂ©, au bout d’une minute, ça va faire la mĂȘme chose. C’est pour le cas oĂč tu t’endors et que tu tiens machinalement ton arceau. C’est plus rare Ă©videmment. Ça peut ĂȘtre un malaise ou n’importe quoi.
Tout ça se fait machinalement. Tu n’y penses pas. C’est comme dans une voiture, tu ne penses pas à embrayer. Donc, tu ne t’endors pas, ce n’est pas possible. Tu es vigilant : les voies, la vitesse, les feux, le bruit aussi. Tu surveilles ton bruit inconsciemment, tu as un peu des yeux dans le dos.
L’incident, ça peut ĂȘtre un accident voyageur. De ce cĂŽtĂ©-lĂ , surtout en dĂ©but de carriĂšre, il y a un cap Ă  passer. Tu en as qui ne le passent pas ; ils ont un stress par rapport Ă  ce risque-lĂ . MĂȘme si tu roules avec des trains sans passagers, quelqu’un peut tomber sur les voies quand tu longes un quai. L’incident, ça peut ĂȘtre aussi un signal fermĂ© que tu franchis parce que tu t’es loupĂ© dans ton freinage ou parce qu’il y a eu un problĂšme sur ton frein ; ou bien encore le dĂ©passement de la zone protĂ©gĂ©e. Dans ce cas, tu dois t’arrĂȘter. Et il y a un autre train qui va arriver. Si tu as le malheur d’ĂȘtre lĂ  juste avant que le train suivant arrive, les mesures de sĂ©curitĂ© exigent que tu fasses une alerte radio qui est diffusĂ©e dans tous les trains. Quand on entend ça, tout le monde s’arrĂȘte. Ensuite, celui qui a posĂ© l’alerte radio explique ce qui s’est passĂ©. Le rĂ©gulateur renvoie les trains qui peuvent circuler. Il centralise la zone oĂč il y a eu l’incident. Tout ça, c’est une question de rĂšglement.
Quand il y a un incident, tout le monde arrive. Que ce soit grave ou pas, rien n’est traitĂ© Ă  la lĂ©gĂšre. Si un conducteur a franchi un signal, qu’il ne l’a pas vu, tout est pris en compte. Par exemple, si c’est un matin avec un temps ensoleillĂ©, le soleil rasant, en plein contre-jour, le mĂ©cano ne va pas chercher d’autres justifications. Il va dire : « J’avais le soleil en face ; j’étais persuadĂ© que le feu Ă©tait vert. » VoilĂ . S’il y a un problĂšme de freinage sur les derniers mĂštres, ça peut ĂȘtre un jour oĂč il y avait de la grĂȘle ou de la neige. En cas d’incident, un bilan de la situation doit ĂȘtre fait : « À quelle heure es-tu parti de chez toi ? Est-ce que tu n’avais pas un manque de sommeil ? As-tu des soucis de famille ? » Si ça vient du matĂ©riel : « Qui est-ce qui a travaillĂ© dessus avant ? Quel est le mec des ateliers ? » Ils remontent ainsi la chaĂźne et, quoi qu’il arrive, ils sauront la vĂ©ritĂ©. Il n’y a pas de mystĂšre.
Mais ce stress de l’incident, je ne l’ai plus vraiment. Je sais ce que j’ai Ă  faire. Au dĂ©but, tu n’es pas Ă  l’aise quand mĂȘme. Tu as eu l’examen, mais tu es hyper attentif ; tu te poses plein de questions sur ce que tu sais, sur ce que tu as appris. Mais tu n’as pas forcĂ©ment eu d’exercices d’application. Par exemple, pour l’accident de personne, tu ne vas pas mettre quelqu’un sur la voie pour montrer comment ça se passe ! Tout ça, c’est compliquĂ©. Quand ça arrive, c’est un choc qui te marque. Avec le temps, tu n’en fais pas abstraction, mais tu te soulages de ça. Tu ne peux pas conduire en ayant la crainte de tout.
Chaque journĂ©e est diffĂ©rente. Et sur mon bulletin de service (BS), tout est prĂ©vu d’avance. Par exemple : Paris Est 15 h 53, marche Ă  pied depuis la salle des pas perdus pour rejoindre Magenta oĂč je dois prendre le RER pour Pantin. C’est prĂ©rempli. Tout est calculĂ© dans ma journĂ©e : mes temps de conduite, mais aussi mon temps de marche Ă  pied ou le temps de transport quand je monte en voyageur. Il y a parfois des litiges entre les syndicats et la direction quand il y a un changement dans les roulements ou dans la composition des journĂ©es et qu’ils s’aperçoivent qu’elle essaye de gratter un petit peu...
La SNCF a donnĂ© un iPad Ă  tous les agents de conduite de la Gare de l’Est. Ça permet d’avoir une communication beaucoup plus rapide qu’à une certaine Ă©poque. Avant, ça se passait par courrier, par un petit casier, une boĂźte aux lettres Ă  ton nom. Dedans, tous les jours ils te balançaient le courrier et le rĂšglement, les travaux qu’il y avait sur les voies, etc.
Du coup, il y a quelqu’un qui est chargĂ© de la logistique des tablettes, car ça reprĂ©sente du boulot, 400 iPad qui se promĂšnent avec des mecs qui ont des problĂšmes comme moi : « Il ne marche plus... La batterie est morte... Je n’arrive pas Ă  le faire dĂ©marrer... » Au dĂ©but d’ailleurs, il y avait des anciens qui n’en voulaient pas : « C’est quoi, cette merde ? » Ils ne voulaient pas changer leur façon de travailler. Mais l’histoire aussi, c’est qu’elle a supprimĂ© plein de postes administratifs. Avant, les bulletins de service, on les remplissait sur papier. On les a toujours d’ailleurs, car si ta tablette ne fonctionne pas, tes journĂ©es tu les remplis avec. Les BS papier Ă©taient traitĂ©s dans les bureaux. LĂ , tout Ă©tait repris. Le travail des agents, lĂ -bas, consistait Ă  regarder si la dĂ©claration correspondait bien Ă  la journĂ©e, Ă  voir si c’était bien rempli, si tu n’avais pas oubliĂ© de signer. AprĂšs, ils passaient ça dans une machine pour le scanner. Tout ça devait ĂȘtre fait pour Ă©tablir les paies Ă  la fin du mois. La tablette a remplacĂ© tout ça.
Sur le rĂ©seau, les conducteurs sont TA ou TB : TB, tu conduis des trains avec voyageurs ; TA, tu conduis les mĂȘmes trains, mais sans les voyageurs. Moi, je suis TA : j’achemine les RER entre Paris et Vaires-sur-Marne, depuis les ateliers ou les grands chantiers oĂč on les entretient, les rĂ©pare, les nettoie, jusqu’à leur gare de dĂ©part ou inversement.
Quand on crĂ©e une « marche », c’est-Ă -dire un train qui, au dĂ©part, n’est pas prĂ©vu, il faut que l’agent qui me fournit le travail le prĂ©pare, qu’il monte toute la partie administrative pour que le train puisse rouler. Il commande un horaire, il commande les voies, il commande les postes pour leur expliquer qu’il va y avoir un train qui va s’appeler « tel numĂ©ro », qui va passer sur cette voie Ă  telle heure. Quand je suis en dispo, il m’appelle et me dit : « Je prĂ©pare un train pour toi. » Une demi-heure aprĂšs, quand il a passĂ© toutes les Ă©tapes requises, il me donne une charge de travail avec l’horaire, le train, la circulation, le point A, le point B.
En fait, j’ai choisi d’ĂȘtre TA pour les horaires. Dans mon cas, c’est un choix purement personnel, sans mĂȘme parler de famille. Un conducteur TB commence souvent Ă  3 ou 4 heures du matin. Avec le premier horaire, il va finir Ă  10 heures. Il peut repartir Ă  19 heures et finir Ă  22 ou 23 heures. Il peut faire des extrĂȘmes en matinĂ©e et enchaĂźner sur des extrĂȘmes en soirĂ©e. C’est beaucoup plus dĂ©sorganisĂ© pour la vie de famille et le temps de sommeil. Quand tu dois te lever Ă  3 heures du matin, dans l’idĂ©al, il faudrait te coucher Ă  8 ou 9 heures. Pas trĂšs Ă©vident ! Et avec le roulement Grande ligne ou le roulement TGV, il y a en plus les « dĂ©couchĂ©s ». Comme je suis maintenant un des plus anciens, on m’a proposĂ© d’intĂ©grer le roulement TGV. J’aurais gagnĂ© plus d’argent. Mais j’ai vu qu’ils travaillent tous les week-ends et beaucoup de soirĂ©es. J’ai dit non. VoilĂ .
Il y a beaucoup de divorces, quand mĂȘme, chez les conducteurs. Mon pĂšre Ă©tait cheminot et ma mĂšre ne travaillait pas. Avec les horaires de mon pĂšre, s’il avait fallu qu’elle travaille, ils ne se seraient pas vus souvent. C’est aussi pour ça que j’ai fait ce choix car ma femme travaille. Mais, mĂȘme avec ce roulement, nos horaires ne correspondent pas vraiment. Si je faisais TB, ce serait encore plus compliquĂ©. Pourtant, les TB sont mieux rĂ©munĂ©rĂ©s ; ils ont plus de repos pendant l’annĂ©e ; ils ont moins d’heures travaillĂ©es dans une journĂ©e. La veille de repos, ils ne peuvent pas finir aprĂšs 19 heures alors que moi, je peux travailler jusqu’à 23 h 59. Ça leur garantit le soir Ă  la maison et les deux repos qui suivent. Ils ont quand mĂȘme ces compensations-lĂ .
Cette semaine, je viens de faire trois nuits de suite : samedi, dimanche, lundi. GĂ©nĂ©ralement, les nuits, j’ai une charge de travail qui m’est attribuĂ©e. Donc je connais mes trains, mes horaires, mes dĂ©parts, mes arrivĂ©es. Sauf que, pendant la pĂ©riode de grĂšve, les trains ne circulent pas comme d’habitude. Du coup, on est dispos. Dans ces circonstances-lĂ , j’attends Ă  la Gare de l’Est dans ce qu’on appelle la « salle des pas perdus ». Ce n’est pas un hĂ©bergement...

Table des matiĂšres

  1. Page de titre
  2. Sommaire
  3. Préface La parole libérée
  4. Avant-propos
  5. Chapitre 1 À bord
  6. Chapitre 2 Ne pas s’emmĂȘler les aiguilles
  7. Chapitre 3 Sur les voies et autour des machines
  8. Chapitre 4 DerriĂšre les guichets
  9. Chapitre 5 La gare et les quais
  10. Chapitre 6 Bureaux et services
  11. Remerciements

Foire aux questions

Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramÚtres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrir comment résilier votre abonnement
Non, les livres ne peuvent pas ĂȘtre tĂ©lĂ©chargĂ©s sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour ĂȘtre utilisĂ©s en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez tĂ©lĂ©charger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre tĂ©lĂ©phone portable ou votre tablette. Apprendre Ă  tĂ©lĂ©charger des livres hors ligne
Perlego propose deux formules : Essential et Complete
  • Essential est idĂ©al pour les apprenants et les professionnels qui aiment explorer une grande variĂ©tĂ© de sujets. AccĂ©dez Ă  la Essential Library avec plus de 800 000 titres de confiance et best-sellers dans les domaines du business, du dĂ©veloppement personnel et des sciences humaines. Inclut un temps de lecture illimitĂ© et la voix Standard Read Aloud.
  • Complete : Parfait pour les apprenants avancĂ©s et les chercheurs ayant besoin d'un accĂšs total et sans restriction. DĂ©bloquez plus de 1,5 million de livres dans des centaines de sujets, y compris des titres acadĂ©miques et spĂ©cialisĂ©s. Le forfait Complete inclut aussi des fonctionnalitĂ©s avancĂ©es telles que Premium Read Aloud et Research Assistant.
Les deux formules sont disponibles avec des cycles de facturation mensuels, semestriels ou annuels.
Nous sommes un service déabonnement à des manuels scolaires en ligne, qui vous permet d'accéder à une bibliothÚque en ligne entiÚre pour moins que le prix d'un seul livre par mois. Avec plus de 1,5 million de livres sur plus de 990 thÚmes, nous avons ce qu'il vous faut ! Découvrir notre mission
Recherchez le symbole Écouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'Ă©couter. L'outil Écouter lit le texte Ă  haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accĂ©lĂ©rer ou le ralentir. En savoir plus sur la fonctionnalitĂ© Écouter
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS et Android pour lire Ă  tout moment, n'importe oĂč, mĂȘme hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous ĂȘtes en dĂ©placement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application
Oui, vous pouvez accéder à Le train comme vous ne l'avez jamais lu de Dire le Travail aux formats PDF et/ou ePub, ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Technologie et ingénierie et Transport ferroviaire. Nous avons plus de 1,5 million de livres disponibles dans notre catalogue pour vous.