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Secrétaire de mairie en banlieue rouge

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Secrétaire de mairie en banlieue rouge

À propos de ce livre

Riche de ses quarante-trois ans d'expĂ©rience Ă  la tĂȘte d'administrations locales dans les territoires de banlieue, Jacques Marsaud s'Ă©lĂšve avec force contre les attaques multiples dont la commune fait aujourd'hui l'objet. Le rĂ©cit trĂšs incarnĂ© qu'il fait de son travail est animĂ© par sa passion pour la vie communale. Une conviction Ă©mane des diffĂ©rents Ă©pisodes de son engagement qu'il retrace dans ce livre: si les communes doivent aujourd'hui se regrouper pour coopĂ©rer, elles constituent plus que jamais le vivier de la dĂ©mocratie.

L'auteur raconte les moments marquants de sa vie professionnelle dans les diffĂ©rentes collectivitĂ©s territoriales oĂč il a travaillĂ©, et aussi Ă  la RATP. Fourmillant d'anecdotes et de portraits savoureux, cet ouvrage relate, entre autres grands dossiers, les coulisses de l'histoire du Stade de France, du gigantesque chantier de transformation de la Plaine Saint-Denis, ou bien encore de la laborieuse construction du Grand Paris.

Grùce à son talent de conteur et de portraitiste, Jacques Marsaud fait entrer le lecteur au coeur de l'administration territoriale: on découvre les personnalités des maires et les liens trÚs spécifiques qu'il a pu entretenir avec eux, les transformations de la gestion locale, les arcanes de la politique et des processus décisionnels.

À l'heure oĂč le discours dominant prĂ©sente les collectivitĂ©s territoriales comme des entitĂ©s trop nombreuses et trop coĂ»teuses, cet ouvrage haut en couleur et lucide rĂ©habilite l'administration communale en lui restituant son humanitĂ© et sa noblesse, au service des citoyens.

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Informations

Année
2018
Imprimer l'ISBN
9782708245891
ISBN de l'eBook
9782708252714

Chapitre 1
1971-1975. Saint-Pierre-des-Corps

La Clarté Républicaine

C’était le nom qu’avaient donnĂ© les rĂ©volutionnaires Ă  Saint-Pierre-des-Corps en 1794. Toutes les villes ou presque commençant par « ChĂąteau » ou « Saint » avaient Ă©tĂ© rebaptisĂ©es. Saint-Denis Ă©tait devenue Franciade ; Saint-Ouen, Bains-sur-Seine ; Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, Libreval ; ChĂąteauroux, Indrelibre. Le petit village de Saint-Bohaire dans le Loir-et-Cher, oĂč mon beau-frĂšre Ă©tait instituteur-secrĂ©taire de mairie, s’était vu attribuer le nom, certes moins lyrique, de « Bien-BoĂšre » (puis Bienboire), mais correspondant sans doute mieux Ă  l’idĂ©al rĂ©volutionnaire de ses habitants.
« La ClartĂ© RĂ©publicaine » pour Saint-Pierre-des-Corps en disait dĂ©jĂ  long sur la personnalitĂ© de cette ville. Ville cheminote de 17 000 habitants, Saint-Pierre-des-Corps revendiquait avec quelques villes de la ceinture rouge de Paris sa municipalitĂ© communiste depuis 1920, c’est-Ă -dire depuis la crĂ©ation du Parti communiste et, avec la seule ville de Bagnolet, son vote nĂ©gatif au rĂ©fĂ©rendum gaulliste de 1958.
À la diffĂ©rence de la banlieue rouge de Paris, Saint-Pierre Ă©tait le bastion assiĂ©gĂ© et diabolisĂ© par les quartiers bourgeois de Tours et de Saint-Cyr. Il fallait faire plus de cent kilomĂštres pour trouver les « villes sƓurs » les plus proches : Vierzon et les Aubrais, autres grandes gares de triage, d’ailleurs. Je me souviens de la visite que nous rendit un jour, au service municipal de l’urbanisme et de l’information, une jeune AmĂ©ricaine, fille au pair dans une famille de Saint-Cyr-sur-Loire. ÉclairĂ©e, ou bien en quĂȘte d’émotions fortes, elle Ă©tait fiĂšre de nous dire qu’elle avait bravĂ© l’interdit familial en venant visiter cette ville qu’on lui avait prĂ©sentĂ©e comme une citĂ© de sauvages et de dĂ©trousseurs oĂč une jeune fille seule ne devait surtout pas s’aventurer.
Saint-Pierre entretenait quelques relations privilĂ©giĂ©es avec les Ă©tudiants communistes de Tours. Elle leur prĂȘtait main-forte, avec quelques dĂ©tachements de ce qu’on appelait la facultĂ© de plomberie, pour leur permettre de reprendre pied physiquement dans les facs ou les restaurants universitaires lorsque les gauchistes leur en interdisaient l’accĂšs. Elle attribuait des logements Ă  des Ă©tudiants en fin d’études et leur proposait parfois du travail. C’est ainsi que je devins en 1971, ma licence de droit public en poche, corpopĂ©trussien{3} et employĂ© municipal, par l’entremise de Jacques Gozard.

Jacques Gozard

Militant de l’Unef en 68, j’entretenais dĂ©jĂ  quelques sympathies pour les communistes. Jacques Gozard Ă©tait alors le secrĂ©taire de ville de l’Union des Ă©tudiants communistes (UEC). Il nous apparaissait comme un dirigeant rĂ©volutionnaire mythique qui siĂ©geait au bureau national de l’UEC Ă  Paris.
La premiĂšre fois que je le vis, c’était un soir de Mai 68, dans le grand amphi de la facultĂ© de la GrandiĂšre Ă  Tours, bouillonnant de gauchistes de tout poil ayant comme principale prĂ©occupation de faire la peau aux staliniens pour les trotskistes, aux rĂ©visionnistes pour les prochinois, en tout cas aux communistes.
Mon camarade Jean-Michel Chapet avait tentĂ© de prendre la parole. Il n’avait prononcĂ© qu’une seule phrase avec un brin de suffisance, qui avait fait hurler de rire et de sarcasme la salle entiĂšre : « Pour moi, vous savez, la politique, ça n’a pas de secret. » S’ensuivit une « Marseillaise » railleuse que les « gauchos » aimaient associer au pseudo-nationalisme des « cocos ». La confusion Ă©tait Ă  son comble et la bousculade aussi. Alors une voix s’éleva du haut de l’amphi, calme, solennelle, pour dire qu’on ne pouvait pas plaisanter avec ce qui fut l’hymne des rĂ©volutionnaires français, pas plus qu’avec le drapeau tricolore, quand on se prĂ©sentait soi-mĂȘme comme rĂ©volutionnaire ; assĂ©nant une leçon d’histoire Ă  une salle redevenue Ă©tonnamment silencieuse. Le discours Ă©manait d’un jeune homme Ă©lĂ©gant venu soudain d’ailleurs. « Qui c’est, tu connais ? » demandai-je Ă  mon voisin Michel Perrot. « C’est Jacques Gozard », me rĂ©pondit-il. Jacques entretenait cette image de grand leader charismatique et secret qui n’était pas sans effets sur les jeunes militants que nous Ă©tions.
De l’Unef Renouveau, la tendance communiste du syndicat Ă©tudiant en 1968, Ă  l’UEC, il n’y avait qu’un pas. Je le franchis assez vite, et fus amenĂ© Ă  cĂŽtoyer le chef, qui me promut au bureau, puis au secrĂ©tariat de ville de l’UEC Tours. Ce fut la pĂ©riode des innombrables et interminables rĂ©unions au 35 de la rue Bretonneau oĂč la fĂ©dĂ©ration du PCF nous hĂ©bergeait. Nous nous rĂ©unissions dans la salle du comitĂ© fĂ©dĂ©ral sous les portraits gĂ©ants rĂ©alisĂ©s par un camarade artiste peintre se rĂ©clamant de l’hyperrĂ©alisme socialiste : Marx, Engels, LĂ©nine, Thorez. Un jour, stupeur, Marx avait disparu. Il fut retrouvĂ© plusieurs mois plus tard, par hasard, par un dirigeant de la fĂ©dĂ©ration, la barbe ripolinĂ©e de toutes les couleurs, dans les toilettes de l’appartement du numĂ©ro deux de l’UEC. Le sacrilĂšge avait Ă©tĂ© commis avec la complicitĂ© Ă©vidente de Jacques Gozard. Le jeune militant idĂ©aliste que j’étais eut du mal Ă  percevoir le sens de ce geste. Je compris un peu plus tard qu’il ne s’agissait pas que d’une simple blague de potache, mais aussi d’un acte politique visant Ă  dĂ©noncer tout Ă  la fois le dogme et le culte de la personnalitĂ©. C’était finalement la toute premiĂšre et prĂ©coce manifestation de nos dissidences qui nous conduirait quinze ou vingt ans plus tard, et aprĂšs bien d’autres et plus sĂ©rieuses contestations, Ă  quitter Ă  peu prĂšs tous le parti.
Jacques Gozard donc, et l’UEC Tours, mais quel rapport avec Saint-Pierre-des-Corps et mon parcours de secrĂ©taire de mairie ? Eh bien tout simplement parce que, aprĂšs ces trois annĂ©es de complicitĂ© militante, il me proposa un jour de l’étĂ© 1971 de venir travailler avec lui au service municipal d’urbanisme, que le maire Jacques Vigier lui avait demandĂ© de crĂ©er. Je travaillerai Ă  mi-temps, parallĂšlement Ă  un troisiĂšme cycle de droit administratif Ă  Poitiers. Ce faisant, le « service urba » voyait ses effectifs croĂźtre de 50 % avec mon arrivĂ©e, puisque nous Ă©tions dĂ©sormais un et demi.

Jacques Vigier

CrĂ©er un service d’urbanisme dans une ville de 17 000 habitants, en 1971, Ă©tait quelque peu avant-gardiste. La planification urbaine tout comme l’instruction et la dĂ©livrance des permis de construire Ă©tait l’apanage des services de l’État, pour le compte des communes. Cette volontĂ© de maĂźtriser le dĂ©veloppement de la ville en la dotant de ses propres experts, nous le devions Ă  la clairvoyance de Jacques Vigier.
Jacques Vigier Ă©tait le maire de Saint-Pierre-des-Corps depuis mars 1971. Ouvrier serrurier, il avait succĂ©dĂ© au cheminot Jean Bonin, dont il avait Ă©tĂ© l’adjoint, notamment Ă  l’urbanisme. Il avait forgĂ© son autoritĂ© et sa notoriĂ©tĂ© dans l’action contre la guerre d’AlgĂ©rie. En 1956, s’opposant au dĂ©part de jeunes soldats en gare de Tours, il avait attachĂ© symboliquement un officier Ă  un poteau. Cela lui valut neuf mois d’emprisonnement au fort du HĂą Ă  Bordeaux.
C’était un homme aussi entier et dĂ©terminĂ© que sensible, chaleureux et gĂ©nĂ©reux. Une telle personnalitĂ© conjuguĂ©e avec ses responsabilitĂ©s de maire l’avait conduit assez naturellement Ă  ĂȘtre en indĂ©licatesse avec l’appareil du parti. Les relations Ă©taient plus que tendues avec le conseiller gĂ©nĂ©ral du canton qui Ă©tait aussi le secrĂ©taire fĂ©dĂ©ral, membre du comitĂ© central du PCF. Aussi, lors de son dĂ©part Ă  la retraite, c’est Ă  Jacques Vigier que le parti demanda, dans ce qui Ă©tait encore la bonne tradition stalinienne, de faire son Ă©loge devant la confĂ©rence fĂ©dĂ©rale. Jacques Vigier estima ne pas pouvoir refuser. En rĂ©ponse Ă  mon Ă©tonnement, il me dit : « Tu Ă©couteras bien, il n’y aura rien dans mon discours que je ne pense pas. » Effectivement, toutes les phrases Ă©taient Ă  double sens, et leur sens dĂ©pendait de la maniĂšre dont on les entendait. Ce fut un exercice de style Ă©tonnant qui illustrait tout Ă  la fois le talent littĂ©raire et l’esprit frondeur et malicieux de Jacques Vigier.
Homme de grande culture, il Ă©tait passionnĂ© par l’urbanisme et l’architecture. Il aimait s’entourer d’intellectuels, ce qui n’était pas forcĂ©ment bien vu dans ce bastion ouvrier. C’est dans cet esprit qu’à peine Ă©lu maire en 1971, il avait dĂ©cidĂ© de crĂ©er un service municipal d’études et d’urbanisme ; et qu’il avait fait appel Ă  Jacques Gozard qui, pour ce faire, prĂ©sentait au moins deux qualitĂ©s, celles de gĂ©ographe et de responsable des Ă©tudiants communistes. Et comme pour faire un service, il fallait ĂȘtre au moins deux, Jacques m’avait proposĂ© de le rejoindre.
Jacques Vigier se chargea de notre formation. Il nous associait Ă  de nombreuses rĂ©unions, partageait avec nous bon nombre de ses rĂȘves, de ses projets et de ses interrogations. Il aimait Ă©changer avec nous, notamment le matin Ă  huit heures, au CafĂ© de la Mairie, devant un verre de Bourgueil, ou le soir, Ă  la Maison de la Jeunesse oĂč se retrouvaient les vieux militants, avec cette fois un verre de Montlouis.
Montlouis, c’est lĂ  qu’était la cave municipale. Comme Saint-Pierre Ă©tait dans la Varenne, entre Cher et Loire, il ne pouvait y avoir de cave sur son territoire. La ville en avait donc achetĂ© une situĂ©e dans les coteaux de tuffeau les plus proches, Ă  Montlouis, vignoble populaire face Ă  l’aristocratique Vouvray. Deux conseillers municipaux, Pierrot et Jeannot, Ă©taient officiellement dĂ©lĂ©guĂ©s pour gĂ©rer la cave, choisir les vins, en cuve, de Chinon, Bourgueil et Montlouis, les Ă©lever, les mettre en bouteille, les conserver, les goĂ»ter. Ils Ă©taient aussi sĂ©rieux que consciencieux. La cave Ă©tait exceptionnelle. Je crois que l’un et l’autre sont morts en service. La cave Ă©tait rĂ©servĂ©e aux grandes occasions : une affaire dĂ©licate Ă  conclure ou un Ă©vĂ©nement exceptionnel. Insigne honneur, un dĂźner pour mon dĂ©part en 1975 y fut organisĂ©.
Jacques Vigier aimait aussi la nature, les choses simples. Il avait achetĂ© avec sa femme NĂ©nette, militante de toutes les bonnes causes, notamment fĂ©ministes, une vieille masure dans la campagne tourangelle. L’intĂ©rieur Ă©voquait un tableau des frĂšres Le Nain, peinture qu’il affectionnait particuliĂšrement. Il la dĂ©corait de fleurs qu’il allait cueillir dans les champs. Nous y avons tenu quelques commissions d’urbanisme, l’étĂ© sous le hangar, qu’il animait en faisant griller les andouillettes.
C’était un homme de conviction et de valeurs. Il m’a transmis ce qui Ă©tait nĂ©cessaire pour aborder et aimer le mĂ©tier.

Le service municipal d’urbanisme, des Ă©tudes gĂ©nĂ©rales et de l’information

C’est le nom officiel que prit le service lorsqu’il fallut argumenter la crĂ©ation d’un emploi spĂ©cifique{4} pour me permettre de devenir titulaire de mon poste le 1er janvier 1973 lorsque je fus amenĂ© Ă  remplacer Jacques Gozard{5} comme directeur du service.
Ce nom compliqué traduisait une évolution qui avait été réelle et rapide.
L’activitĂ© centrale et fondatrice du service fut sans conteste, pendant cette pĂ©riode, l’élaboration du plan d’occupation des sols (POS). La loi d’orientation fonciĂšre et urbaine du 30 dĂ©cembre 1967 avait instituĂ© de nouveaux documents de planification urbaine. Les anciens plans d’urbanisme, Ă©laborĂ©s par l’État, Ă©taient remplacĂ©s par les POS. L’évolution la plus marquante, prĂ©figurant le timide mouvement de dĂ©centralisation en gestation, rĂ©sidait dans le fait que ceux-ci, dĂ©sormais, faisaient l’objet d’une Ă©laboration conjointe entre l’État et la commune{6}. C’est pour prendre la main dans cette Ă©laboration conjointe que Jacques Vigier avait dĂ©cidĂ© de doter la ville d’un service d’urbanisme.
Et la main, nous l’avons bien prise. Le travail de l’équipe composĂ©e d’un gĂ©ographe, d’un juriste et d’une sociologue, Françoise Bourdarias{7}, aidĂ©e par un architecte parisien communiste, Raymond SĂ©nevat, fit que Saint-Pierre-des-Corps apparut vite comme pionniĂšre en Ă©laborant seule son plan d’occupation des sols. Tout commença par un Ă©tat prĂ©cis des lieux, parcelle par parcelle, construction par construction, qui nous amena Ă  parcourir toutes les rues de la ville. Cela fut complĂ©tĂ© par des Ă©tudes dĂ©mographiques dĂ©coulant du recensement gĂ©nĂ©ral de la population placĂ© sous la responsabilitĂ© du service. La fonction « Ă©tudes gĂ©nĂ©rales » Ă©tait clairement Ă©tablie. Le schĂ©ma stratĂ©gique d’amĂ©nagement de la ville en dĂ©coula, puis en application des textes, les diffĂ©rentes composantes du POS : document de prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale, zonage, rĂšglement, coefficients d’occupation des sols, emplacements rĂ©servĂ©s pour les Ă©quipements publics. C’est ainsi qu’un jour, nous proposĂąmes une rĂ©serve fonciĂšre pour la rĂ©alisation future d’un nouvel axe routier reliant le centre-ville Ă  Tours. Nous le baptisĂąmes avec malice du nom du maire honoraire, Jean Bonin, toujours bien vivant et membre de la commission d’urbanisme. Si Jacques Vigier approuva le projet de voirie, il ne goĂ»ta guĂšre notre humour iconoclaste et nous enjoignit de ne pas le renouveler. Le boulevard fut bien rĂ©alisĂ© dix ans plus tard, et il porte le nom de Jean Bonin.
Si chaque orientation, chaque Ă©tape Ă©taient validĂ©es par la commission municipale d’urbanisme, nous n’avons jamais ressenti la nĂ©cessitĂ© de travailler avec les services de l’État. L’objectif de Jacques Vigier Ă©tait atteint : nous avions sautĂ© la case Ă©laboration conjointe pour directement passer Ă  celle de l’élaboration dĂ©centralisĂ©e.
La fonction information vint se greffer sur nos activitĂ©s de base par opportunitĂ©, mĂȘme si nous avons bien essayĂ© d’expliquer que c’est l’amĂ©nagement de la ville qui nĂ©cessitait le plus d’informations. C’est en rĂ©alitĂ© la proximitĂ© de l’équipe avec le maire qui fut Ă  l’origine de cette nouvelle attribution. L’essentiel du travail consistait Ă  assurer la publication du bulletin municipal, La ClartĂ© rĂ©publicaine. Entreprise artisanale s’il en fut, puisque nous faisions tout Ă  l’exception de l’impression : sommaire, rĂ©daction des articles, photos avec un vieux Rolleyflex, maquette. On attendait avant de mettre sous presse l’édito du maire rĂ©digĂ© minutieusement par ses soins.
C’est ce savoir-faire artisanal qui nous conduisit Ă  concevoir et rĂ©aliser nous-mĂȘmes l’exposition d’urbanisme pour la prĂ©sentation du plan d’occupation des sols avant son approbation. Une trentaine de panneaux disposĂ©s dans le hall, l’escalier et la salle des mariages de la mairie prĂ©sentaient « Saint-Pierre hier, aujourd’hui, demain ». Un montage audiovisuel bricolĂ© dans un tunnel en contreplaquĂ© de quatre mĂštres de long, avec un projecteur diapos Ă  un bout, et du papier-calque faisant office d’écran, tendu Ă  l’autre bout, constituait le clou de l’expo. Ce n’est que tard dans la nuit qui prĂ©cĂ©dait le jour de l’inauguration que nous avons trouvĂ©, mon ami Michel Cibot{8} et moi, le procĂ©dĂ© technique pour « toper » la bande-son afin de synchroniser les images avec des commentaires et la musique du film de Charlie Chaplin Les LumiĂšres de la ville. Le maire Jacques Vigier veillait et attendait anxieux dans son bureau. DĂšs que lui parvint la nouvelle de la prouesse technique, il accourut avec une bouteille de Chinon.
Il me fut offert de vivre un autre grand moment de journaliste localier : l’arrivĂ©e de la vieille locomotive Ă  vapeur... offerte par la SNCF Ă  la commune et qui devait prendre place dans un square de la ville. Le procĂ©dĂ© le plus efficace pour la transporter du rĂ©seau ferrĂ© Ă  sa derniĂšre demeure fut d’installer plusieurs centaines de mĂštres de rails sur la route et dans le square. L’opĂ©ration n’avait pas Ă©tĂ© mĂ©diatisĂ©e, mais je dĂ©cidai, mon Rolley sur le ventre, d’aller faire quelques photos pour le bulletin municipal. Lorsque j’arrivai sur place, quelle ne fut pas ma surprise de constater que plusieurs centaines de personnes Ă©taient lĂ  pour assister Ă  l’évĂ©nement. Le tĂ©lĂ©phone cheminot avait marchĂ©. Je rĂ©ussis Ă  retarder quelque peu la manƓuvre, juste le temps de prĂ©venir Jacques Vigier, qui put faire une entrĂ©e triomphale dans sa ville aux commandes de la locomotive. Je fis de belles photos.

La commission municipa...

Table des matiĂšres

  1. Page de titre
  2. Sommaire
  3. Avant-propos
  4. Prologue
  5. Chapitre 1 1971-1975. Saint-Pierre-des-Corps
  6. Chapitre 2 1975-1981. Noisy-le-Sec
  7. Chapitre 3 1981-1999. Saint-Denis
  8. Chapitre 4 Un territorial Ă  la RATP
  9. Chapitre 5 Le Val-de-Marne
  10. Chapitre 6 Plaine Commune
  11. Épilogue

Foire aux questions

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