Marcel Paul
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Marcel Paul

Un ouvrier au Conseil des ministres

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Marcel Paul

Un ouvrier au Conseil des ministres

À propos de ce livre

Qui n'a jamais lu, sur une plaque de rue ou au fronton d'une école, le nom de « Marcel Paul »? Partout en France, édiles et élues ont depuis longtemps marqué l'espace public de ce patronyme. Pourtant, que sait-on aujourd'hui de l'homme que fut Marcel Paul et de sa vie?

NĂ© en 1900 Ă  Paris, placĂ© dĂšs son plus jeune Ăąge Ă  l'Assistance publique, Marcel Paul devient pupille de la Nation aprĂšs le premier conflit mondial. Ouvrier Ă©lectricien, il adhĂšre Ă  la CGTU et au Parti communiste oĂč il milite durant l'entre-deux-guerres, s'imposant comme un militant de premier plan.

Durant la Seconde Guerre mondiale, son engagement dans la RĂ©sistance lui vaut l'internement puis la dĂ©portation. Matricule 53057 Ă  Buchenwald, Marcel Paul participe activement Ă  la mise sur pied d'un rĂ©seau d'entraide parmi les prisonniers. À la LibĂ©ration, cet ancien ouvrier et militant CGT des industries Ă©lectriques et gaziĂšres intĂšgre le gouvernement du gĂ©nĂ©ral de Gaulle comme ministre de la Production industrielle. C'est alors qu'il mĂšne le combat de sa vie, obtenant la nationalisation de l'Ă©nergie et crĂ©ant ainsi EDF-GDF.

En retraçant l'itinĂ©raire mĂ©connu de celui qui a rendu possible l'un des fleurons de l'industrie française, les auteurs donnent tout son sens Ă  l'action de Marcel Paul, Ă  l'heure oĂč les privatisations vont croissantes.

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Informations

Année
2020
Imprimer l'ISBN
9782708246126
ISBN de l'eBook
9782708254558

Chapitre 1
Une enfance de « pitau »

Marcel Paul est nĂ© le 12 juillet 1900. Son pĂšre – qui se prĂ©nomme Ă©galement Marcel – est originaire du Sud-Ouest, il est nĂ© Ă  La Roche-Chalais en Dordogne le 11 dĂ©cembre 1878. Il est le cinquiĂšme enfant d’un couple de cultivateurs. Sa mĂšre – Marie Dubois (baptisĂ©e ClĂ©mentine) – est quant Ă  elle originaire de l’ouest de la France : elle est nĂ©e le 17 septembre 1877 Ă  PlĂ©lan en Ille-et-Vilaine. Elle est la sixiĂšme fille d’un couple de cultivateurs.
On ignore tout de la rencontre entre Marie Dubois et Marcel Paul. La jeune couturiĂšre dĂ©clare ĂȘtre arrivĂ©e Ă  Paris en 1898{5}. Le concierge de l’immeuble attestera, dans les semaines qui suivent la naissance de Marcel, « quelle [sic] a toujours eu une trĂšs bonne conduite ».
Toujours est-il que Marie Dubois accouche seule Ă  la maternitĂ© du boulevard du Port-Royal. Son compagnon est alors sous les drapeaux depuis huit mois. Il effectue son service militaire au sein du 34e rĂ©giment d’infanterie basĂ© Ă  Mont-de-Marsan dans les Landes. Ils ne sont pas encore mariĂ©s. D’aprĂšs une lettre retrouvĂ©e dans les archives de l’Assistance publique conservĂ©es aux archives dĂ©partementales de Paris, les parents du jeune conscrit se seraient opposĂ©s pendant plusieurs annĂ©es Ă  leur mariage. Ce n’est qu’au dĂ©but de l’annĂ©e 1905 que le pĂšre et la mĂšre de Marcel Paul se marient « en prĂ©sence de quelques amis » Ă  Paris, trois ans aprĂšs le dĂ©cĂšs du grand-pĂšre de Marcel Paul survenu en 1902, un an aprĂšs avoir obtenu « par acte devant le maire » le consentement de leurs mĂšres respectives{6}.

Les remords d’une mùre

Trois jours aprĂšs la naissance de son fils, Marie Dubois dĂ©taille « les motifs qui ont amenĂ© l’abandon de l’enfant », pour reprendre les termes exacts du formulaire, Ă  un employĂ© du Service des enfants assistĂ©s du dĂ©partement de la Seine. Ce dernier retranscrit ses propos : « La mĂšre dit que ses gages sont trop faibles pour lui permettre de placer l’enfant en nourrice, ce qui l’oblige Ă  le confier Ă  l’A.P. [Assistance publique]. » D’aprĂšs ce mĂȘme document, Marie Dubois a Ă©tĂ© informĂ©e que « l’admission d’un enfant Ă  l’hospice des enfants-assistĂ©s ne constituait pas un placement temporaire, mais bien un abandon, et que les consĂ©quences de cet abandon Ă©taient les suivantes : ignorance absolue des lieux oĂč l’enfant serait mis en nourrice ou placĂ© ; absence de toute communication, mĂȘme indirecte avec lui ; nouvelles de l’enfant donnĂ©es tous les trois mois seulement et ne rĂ©pondant qu’à la question de l’existence ou du dĂ©cĂšs ».
Officiellement, Marcel Paul s’appelle alors Marcel Dubois. Il porte le prĂ©nom de son pĂšre et le patronyme de sa mĂšre. Le nourrisson est admis le 15 juillet 1900 Ă  l’hospice Saint-Vincent-de-Paul, dans le 14e arrondissement, sous le numĂ©ro 5387. Le lendemain, il est inscrit sur le registre matricule des pupilles du Service de l’assistance Ă  l’enfance sous le numĂ©ro 143641. Comme d’autres enfants abandonnĂ©s – on en compte alors cinq mille par an pour le seul dĂ©partement de la Seine – Marcel Paul est envoyĂ© dans la Sarthe qui compte alors de nombreux villages nourriciers, l’accueil d’enfants servant de complĂ©ment de revenus aux familles paysannes. Une fois « admis » Ă  l’agence d’Ecommoy, il est placĂ© Ă  MoncĂ©-en-Belin, Ă  une quinzaine de kilomĂštres au sud du Mans chez un couple de journaliers, Joseph FĂ©rot et JosĂ©phine Piron, domiciliĂ©s dans un hameau proche. Marcel Paul gardera de trĂšs mauvais souvenirs de ce foyer. « Ils avaient trois ou quatre pupilles dont s’occupait une vieille grand-mĂšre. [...] Nous Ă©tions dans un Ă©tat dĂ©plorable. [...] Nous Ă©tions pleins de maux. On ne mangeait que du petit-lait et des pommes de terre{7}. » Il reste chez eux jusqu’à la fin du mois de fĂ©vrier 1904.
Sa mĂšre biologique, Marie Dubois, regrette presque immĂ©diatement son geste. Les archives de l’Assistance publique conservent plusieurs de ses lettres qui montrent que, pendant vingt ans, elle s’est employĂ©e par tous les moyens Ă  contacter son fils quand bien mĂȘme ses multiples dĂ©marches ont Ă©tĂ© compliquĂ©es pour elle. Il est facile d’imaginer les difficultĂ©s que reprĂ©sentaient pour quelqu’un ne maĂźtrisant pas correctement la langue française Ă  l’écrit le fait de contacter l’administration ; et qui plus est pour une femme confrontĂ©e au regard d’une dĂ©cision forcĂ©ment masculine.
Quinze jours aprĂšs avoir « prĂ©sentĂ© l’enfant Ă  l’hospice dĂ©positaire », Marie Dubois adresse un courrier Ă  l’Assistance publique qui n’a pas Ă©tĂ© conservĂ©. Elle rĂ©cidive deux semaines plus tard, mentionnant cette premiĂšre lettre restĂ©e sans rĂ©ponse : « Je ne savais pas ce que je fesait [sic] mais je ne peut [sic] vivre sen [sic] mon enfent [sic] Monsieur aiyez [sic] donc la bontĂ© de me rendre je vous prie. » Dans cette deuxiĂšme lettre datĂ©e du 16 aoĂ»t 1900, elle demande Ă  ĂȘtre contactĂ©e exclusivement Ă  son domicile oĂč elle est connue sous le nom du pĂšre de l’enfant qu’elle dĂ©voile pour la premiĂšre fois. Elle explique clairement qu’elle ne souhaite pas ĂȘtre jointe sur son lieu de travail pour prĂ©server sa rĂ©putation – l’abandon d’enfant est alors une pratique rĂ©pandue, en particulier en milieu ouvrier, mais qui reste socialement condamnĂ©e. Au dĂ©but du mois de novembre 1900, Marie Dubois fait volte-face. Elle implore l’administration de l’informer, en cas de dĂ©cĂšs de son fils alors ĂągĂ© de trois mois, en lui Ă©crivant Ă  sa nouvelle adresse, rue de la Planche, non plus sous le nom de Dubois mais sous celui de Paul qu’elle utilise « dans [sa] place ». Tout porte Ă  croire que Marie Dubois travaille dĂ©sormais comme domestique, et non plus comme couturiĂšre. Ce message – le troisiĂšme en quelques semaines – est le dernier Ă  avoir Ă©tĂ© conservĂ©. Il s’ensuit aprĂšs cette derniĂšre lettre une longue pĂ©riode de silence de presque treize annĂ©es au cours de laquelle on ne trouve aucune trace de correspondance entre Marie Dubois et l’Assistance publique.
Le cas tragique de Marie Dubois cherchant en vain Ă  reprendre son enfant est loin d’ĂȘtre isolĂ©. La loi fondatrice du 27 juin 1904 qui organise l’Assistance publique permet la restitution de l’enfant uniquement pour les « parents sortis de l’état de misĂšre » et ceux qui « paraissent revenus Ă  des sentiments plus moraux et plus humains ». En pratique, seuls 34 % des enfants placĂ©s rĂ©clamĂ©s sont restituĂ©s Ă  leurs parents, un chiffre au demeurant bien plus faible dans les milieux populaires que dans la bourgeoisie.

Chez la veuve Quibrat

Au dĂ©but du mois de fĂ©vrier 1904, Marcel Paul est placĂ© chez une autre nourrice, toujours Ă  MoncĂ©-en-Belin. Contrairement Ă  sa premiĂšre famille d’accueil, Adrienne Quibrat, nĂ©e Papillon, habite le bourg. Sa petite maison, qui porte aujourd’hui une plaque honorant la mĂ©moire de Marcel Paul, est situĂ©e Ă  cĂŽtĂ© de la voie ferrĂ©e, Ă  quelques centaines de mĂštres de l’école. Cette femme de 45 ans est veuve depuis quinze ans et mĂšre de trois enfants quand elle accueille chez elle le petit Marcel Paul, qui la considĂ©rera et l’aimera comme sa mĂšre.
En 1906, le village de MoncĂ©-en-Belin compte 899 habitants. On dĂ©nombre parmi la population quarante et un enfants de moins de 13 ans – soit 13 % de la classe d’ñge – placĂ©s par l’Assistance publique. Chaque « pitau », comme on les nomme (considĂ©rant qu’il arrive de l’hĂŽpital), est facilement identifiable dans la liste nominative conservĂ©e aux Archives dĂ©partementales de la Sarthe. En lieu et place du « nom de famille » figure la mention « hospice du Mans » ou « hospice de Paris ». Le lieu de naissance retranscrit est systĂ©matiquement Le Mans ou Paris. MĂȘme s’ils sont nombreux, les enfants placĂ©s restent l’objet d’une stigmatisation constante. « Les pupilles ont beau ĂȘtre entourĂ©s d’affection, le sentiment de leur diffĂ©rence ne les quitte pas une seule minute [...]. Ils ressassent un passĂ© de honte [...]. Cette vexation native et cette honte perpĂ©tuelle sont dues, en premier lieu, Ă  l’existence de marqueurs qui singularisent l’enfant de l’AP » Ă©crit l’historien Ivan Jablonka{8}. L’un des plus frappants est le collier scellĂ© jusqu’à l’ñge de 6 ans autour du cou du pitau pour Ă©viter les substitutions d’enfants. Marcel Paul se souvenait avoir portĂ© ce collier, l’avoir brisĂ©, et avoir eu la terrifiante visite des gendarmes pour rĂ©tablir le collier. Tous portent tous les mĂȘmes habits, ce qui les rend immĂ©diatement reconnaissables, car, observe Ivan Jablonka, « l’administration pourvoit Ă  l’habillement de l’enfant. Pour Ă©viter que les nourriciers n’économisent sur la vĂȘture du pupille, cette distribution se fait en nature et comprend [...] du linge, des tabliers, des pantalons, des robes, une tenue du dimanche, et une pĂšlerine. » Ils forment un vĂ©ritable groupe au sein de la cour de rĂ©crĂ©ation des villages nourriciers. « Alors que la prĂ©sence des enfants assistĂ©s constitue un fait massif et incontournable dans les villages, cette normalitĂ© ne prĂ©serve aucunement de l’opprobre. C’est Ă  l’école que fusent les premiers lazzis », poursuit Ivan Jablonka. Marcel Paul se souvenait de maniĂšre trĂšs vive de cette expĂ©rience prĂ©coce de l’injustice, qu’il est possible de considĂ©rer comme fondatrice de son engagement politique.
Les prĂ©cĂ©dents biographes de Marcel Paul, RenĂ© Gaudy{9} et Pierre Durand{10}, ont soulignĂ© combien il disait devoir Ă  son instituteur de MoncĂ©-en-Belin. Nos recherches ont permis d’identifier cet homme, Pierre Roulin, nommĂ© Ă  MoncĂ©-en-Belin en juillet 1908 Ă  l’ñge de 41 ans. Au dĂ©but de sa carriĂšre, il est apprĂ©ciĂ© par sa hiĂ©rarchie : « excellent maĂźtre », « fait trĂšs bien sa classe », « avis trĂšs favorable »{11}. Par la suite, les observations reportĂ©es Ă  l’occasion des multiples inspections sont plus critiques. Quand il est en poste Ă  MoncĂ©-en-Belin, dont l’école compte une quarantaine de garçons, les rĂ©sultats de ses Ă©lĂšves sont moyennement apprĂ©ciĂ©s. Par exemple, « la lecture des Ă©lĂšves est [jugĂ©e] monotone et trop rapide ». Dans son rapport, l’inspecteur note que « l’écriture laisse Ă  dĂ©sirer dans le cours Ă©lĂ©mentaire ». Les rĂ©ponses sont considĂ©rĂ©es comme « faibles en gĂ©ographie », « passables en systĂšme mĂ©trique ». Le travail est meilleur au cours moyen : « la lecture matĂ©rielle un peu hĂ©sitante chez quelques Ă©lĂšves est en bonne voie dans l’ensemble » ; les « rĂ©ponses [sont] assez bonnes en histoire et en systĂšme mĂ©trique. Les cahiers sont assez bien tenus. »
En juin 1913, Marcel Paul est l’un des 83 candidats « rĂ©guliĂšrement inscrits » Ă  passer les Ă©preuves du certificat d’études primaires Ă  Ecommoy. On compte dans ce chef-lieu de canton de la Sarthe un nombre presque Ă©gal de garçons et de filles. Au total, une vingtaine de ces Ă©lĂšves des deux sexes sont nĂ©s Ă  Paris ; ce qui laisse supposer qu’un garçon sur trois est, comme Marcel Paul, un enfant de l’Assistance publique placĂ© dans l’un des « villages nourriciers » du dĂ©partement. D’aprĂšs le procĂšs-verbal de l’examen pour le certificat d’études primaires conservĂ© aux Archives dĂ©partementales de la Sarthe, Marcel Paul est reçu parmi les premiers. Il totalise 48,75 points sur 70 avec une meilleure note en calcul{12}. Il semble que ce succĂšs du pitau ait causĂ© jalousie et mĂ©disances dans le village{13}.
Toujours est-il que le bulletin paroissial rend compte du succĂšs des Ă©lĂšves de l’école communale de MoncĂ©-en-Belin, dont Marcel Dubois, dans l’un de ses numĂ©ros{14}. Sa mĂšre biologique avait explicitement demandĂ© Ă  l’Assistance publique de veiller Ă  ce que Marcel Paul ne soit pas baptisĂ©, mais tout porte Ă  croire que cette recommandation maternelle n’a pas Ă©tĂ© respectĂ©e. En 1911, Marcel Paul termine quatriĂšme au concours de la premiĂšre communion du canton d’Ecommoy. Il obtient alors trois francs « offerts par Mme X... ». L’annĂ©e suivante, il obtient son certificat de catĂ©chisme avec la mention « trĂšs bien avec fĂ©licitations », totalisant le maximum de points possible Ă  chacune des Ă©preuves : « Histoire Sainte », « Vie de Notre-Seigneur », « CatĂ©chisme », « Expression » et « Latin ».
Titulaire du certificat d’études primaires, Marcel Paul aspire Ă  devenir typographe. Il est alors ĂągĂ© de 13 ans. Le mĂ©decin du service des enfants assistĂ©s du dĂ©partement de la Seine – un dĂ©nommĂ© Estrabeau – certifie que le jeune garçon « est bien constituĂ© et que sa santĂ© est habituellement bonne ». Et d’ajouter : « Il me semble possĂ©der les aptitudes physiques nĂ©cessaires au travail de typographe auquel il se destine. » Dans un autre document administratif rĂ©digĂ© le 23 juillet 1913, le mĂ©decin lui attribue plusieurs qualitĂ©s : « intelligent », « bon caractĂšre », « excellente conduite », « moralitĂ© parfaite », « avide de culture ». Cette demande d’entrĂ©e dans une Ă©cole professionnelle est appuyĂ©e par le directeur de l’agence d’Ecommoy qui considĂšre avoir « l’honneur de proposer pour l’école d’Alembert le pupille Dubois Marcel, qui lui paraĂźt rĂ©unir les conditions requises ». Cette Ă©cole professionnelle, fondĂ©e en 1882 par le conseil gĂ©nĂ©ral de la Seine dans la commune de MontĂ©vrain en Seine-et-Marne dans les locaux d’une ancienne colonie pĂ©nitentiaire, est rĂ©servĂ©e aux enfants assistĂ©s. On y enseigne les mĂ©tiers du livre et du meuble. Une ligne dans son dossier individuel de pupille de l’Assistance publique laisse Ă  penser que Marcel Paul intĂšgre cette Ă©cole. Il y reste probablement jusqu’en juin 1914. Quelques semaines plus tard, la PremiĂšre Guerre mondiale est dĂ©clarĂ©e. Marcel Paul ne retournera jamais dans cette Ă©cole, transformĂ©e en hĂŽpital auxiliaire pendant la durĂ©e du conflit.

Reconnu par son pĂšre

C’est au cours de cette pĂ©riode que la mĂšre biologique de Marcel Paul entreprend Ă  nouveau des dĂ©marches auprĂšs de l’Assistance publique. Le pĂšre de l’enfant l’a reconnu officiellement comme son fils, ce qui ne change rien Ă  sa situation administrative. Dans une lettre datĂ©e du 27 septembre 1913, Marie Dubois sollicite la « bienveillance [du directeur] d’avoir la bontĂ© de [lui] rendre [son] enfant [qu’elle a Ă©tĂ©] obligĂ© de confier a [sic] votre administration dans un moment de dĂ©tresse ». Marie Dubois, qui s’est mariĂ©e comme nous l’avons vu avec le pĂšre de son fils en fĂ©vrier 1905, est pleine d’espoir : elle attend « une heureuse rĂ©ponse ». L’administration lui rĂ©pond de façon laconique, lui demandant de prĂ©ciser : « 1o Nom et prĂ©nom sous lequel l’enfant a Ă©tĂ© abandonnĂ© ; 2o La date de l’abandon ; 3o Son numĂ©ro matricule ». Ce que s’empresse de faire Marie Dubois. La rĂ©ponse nĂ©gative de l’administration l’incite Ă  renvoyer un courrier dĂ©but novembre 1913. Marie Dubois est persuadĂ©e que l’enquĂȘte de voisinage initiĂ©e le 18 octobre 1913 a fourni de mauvais renseignements sur elle et son mari. Elle sollicite immĂ©diatement une audience au directeur de l’Assistance publique pour plaider elle-mĂȘme sa cause, soulignant Ă  quel point il est humiliant pour elle d’exposer ainsi sa situation :
J’espĂšre [que] vous comprendrait [sic] que dans la vie le malheureux a bien des revers a [sic] subir et cela est trĂšs dur et umilian [sic] pour moi dĂȘtre [sic] obligĂ©e de les exposer a [sic] seulfain [sic] que lon [sic] comprene [sic] que si jai [sic] mis mon enfant a [sic] l’assistance ce n’est pas par mauvais cƓur, mais par la...

Table des matiĂšres

  1. Page de titre
  2. Sommaire
  3. Préface par François Duteil
  4. Chapitre 1. Une enfance de « pitau »
  5. Chapitre 2. Le camarade PAUL Marcel
  6. Chapitre 3. Au cƓur du Front populaire
  7. Chapitre 4. Pionnier de la Résistance
  8. Chapitre 5. Plus de mille jours d’internement
  9. Chapitre 6. Une soudaine notoriété
  10. Chapitre 7. Au cƓur du pouvoir
  11. Chapitre 8. Le CCOS, comitĂ© d’entreprise hors norme
  12. Chapitre 9. Syndicaliste de guerre froide
  13. Chapitre 10. Un douloureux départ
  14. Chapitre 11. La mémoire de la déportation
  15. Chapitre 12. Une traversée du siÚcle
  16. Liste des abrĂ©viations des fonds d’archives consultĂ©s
  17. Notes

Foire aux questions

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