Territoires solidaires en commun
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Territoires solidaires en commun

Les anti-actes d'un colloque inédit

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Territoires solidaires en commun

Les anti-actes d'un colloque inédit

À propos de ce livre

De multiples initiatives portées par l'économie sociale et solidaire et le mouvement des communs se déploient sur les territoires, tout en faisant systÚme à de plus larges échelles régionale, nationale et mondiale. Elles renforcent un socle commun de nouvelles solidarités en matiÚre d'emploi, d'énergie, d'habitat, de santé, de culture, pour une économie inclusive et plus durable, et ce à travers plusieurs axes comme l'écologie, le numérique ou encore la démocratie et la coopération.

Du 12 au 19 juillet 2019 s'est tenu à Cerisy, avec le soutien du Cercle des partenaires de Cerisy, le colloque « Territoires solidaires en commun: controverses à l'horizon du translocalisme ». Cette réflexion collective a donné une large place aux acteurs de terrain et à des récits d'expérience, en France ou ailleurs.

Le colloque a fait surgir des points de croisement inattendus entre des initiatives trĂšs diffĂ©rentes et des formes de solidaritĂ© mises en jeu. Il a surtout permis d'aborder des aspects concrets et opĂ©rationnels de construction d'un projet politique qui ne soit pas celui de microsociĂ©tĂ©s qui se referment sur elles-mĂȘmes, mais bien d'une sociĂ©tĂ© du commun.

Ouvrage publiĂ© avec le soutien de la chaire d'Ă©conomie sociale et solidaire, de l'UniversitĂ© Gustave-Eiffel, de la CASDEN, du Cnam – LISE/CNRS, et de l'association La Coop des Communs.

LE SITE COMPAGNON (à venir) DE CE LIVRE permet d'accéder à tous les contenus produits lors de la semaine d'échanges du colloque et de prolonger la réflexion.

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Informations

Année
2020
Imprimer l'ISBN
9782708253636
ISBN de l'eBook
9782708254626

Abécédaire libre, subjectif, pratique (1/2)

par Barbara Blin-Barrois{12}

COMMUNS

Espace, temporalitĂ©, usage et/ou encore ressource dont l’intĂ©rĂȘt public ou a minima collectif ne permet Ă  aucun de s’en attribuer la propriĂ©tĂ© pour son exploitation privative.
L’espace commun ou public, l’accĂšs Ă  l’air, Ă  l’eau, Ă  l’alimentation, Ă  la santĂ©, au gĂźte, Ă  la culture, aux lois et rĂšgles communes, Ă  l’éducation, Ă  l’information, Ă  la mobilitĂ© et Ă  l’initiative relĂšvent des communs comme un droit de principe universel, qui trouve des objets, des acceptions et des modalitĂ©s spĂ©cifiques, appuyĂ©es sur l’expĂ©rience des territoires et la culture de ses communautĂ©s.

Communs scientifiques

La science, en ce qu’elle concrĂ©tise l’aspiration originale de l’humanitĂ© Ă  transcender sa condition spontanĂ©e, constitue un commun dont chaque individu ou organisation doit pouvoir se nourrir et Ă  son tour fĂ©conder. La « science ouverte » postule que les connaissances et savoir-faire acquis par l’effort et les investissements collectifs doivent pouvoir s’inscrire dans cette philosophie.
Une premiĂšre posologie de communs m’avait Ă©tĂ© prescrite par Jean Huet{13} lors de notre coopĂ©ration mĂ©thodologique sur les Scic (sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives d’intĂ©rĂȘt collectif) en 2015. Puis j’ai vĂ©cu une courte mais profonde immersion Ă  Grasse en 2016 lors du colloque « Innovation sociale et territoires » organisĂ© par la Scic TETRIS. C’est une motivation forte de ma venue Ă  Cerisy en 2019, je pressentais qu’il fallait une longue immersion avec ses familiers pour en dĂ©coudre soi-mĂȘme avec ce concept polymorphe.
J’ai ensuite tentĂ© l’aventure d’esquisser les communs lors de la quinziĂšme et vraisemblablement derniĂšre École thĂ©matique interdisciplinaire CNRS-ĂŽkhra Ă  Roussillon en octobre 2019, en duo avec le physicien Jacques Lafait, grand combattant de la science ouverte (d’ailleurs en lien Ă©troit avec Lionel Maurel{14}, ce que Cerisy a rĂ©vĂ©lĂ©). Cette graine minuscule du commun a Ă©picĂ© le dĂźner en association d’idĂ©es.

Questions en suspens

‱ Comment diffuser au plus grand nombre « les communs », cet objet de pensĂ©e dĂ©terminant d’une prise de conscience politique ?
‱ Comment envisager des principes de bonne gestion et de gouvernance des communs (Ă  adapter), en Ă©vitant les rĂ©flexes privatifs de communautĂ©s encloses sur elles-mĂȘmes ?

TERRITOIRE

Quelle que soit sa nature – surface terrestre, champ de connaissance, gĂ©nĂ©ration culturelle, rĂ©seau politique ou communautĂ© productive –, le territoire est dessinĂ© par ses frontiĂšres, son Ă©tendue et par l’imaginaire qu’y projettent les ĂȘtres qui animent son destin{15}.
En 2004, Ă  Roussillon (Provence), lorsque l’association ĂŽkhra a envisagĂ© de se transformer en Scic, il a bien fallu que ses membres s’intĂ©ressent un peu Ă  dĂ©finir le territoire oĂč s’exprimerait « l’intĂ©rĂȘt collectif ». Il s’est rĂ©vĂ©lĂ© qu’îkhra s’ancrait a minima, en superposition, sur trois territoires : celui, trĂšs gĂ©ologique, d’un massif ocrier ; celui, professionnel et sans frontiĂšre, des matiĂšres colorantes ; enfin celui, cognitif, de la couleur, phĂ©nomĂšne aussi perceptif qu’immatĂ©riel, Ă  la plus vaste et plurielle communautĂ©{16}.
En 2019 Ă  Cerisy, le territoire s’exprime sous toutes ses facettes de combat, de bassin d’emploi, de semences, de vieillesse, de migration, mais aussi de rĂȘve, de ressources humaines et de solidaritĂ©s. 91 participants ont suffi Ă  illustrer, par une multiplicitĂ© de situations, la façon dont des territoires, physiquement et socio-culturellement trĂšs distants, peuvent ĂȘtre reliĂ©s les uns aux autres, humainement, virtuellement, ponctuellement ou plus globalement, mais toujours intentionnellement. Ils le sont par une conscience forte des enjeux de transition, une volontĂ© d’y Ɠuvrer utilement, par un compagnonnage alternant la courte et la longue vue, par le partage d’outils et de mĂ©thodes Ă  greffer, ainsi que par la comprĂ©hension commune des diffĂ©rentes Ă©chelles qui maillent le territoire.

TRANSLOCALISME

Relations volontaires entre territoires, suscitĂ©es Ă  l’occasion de rencontres interpersonnelles ou par la mise en relation, via des rĂ©seaux de ressources ou de recherche. Les agents « translocaux » peuvent ĂȘtre formels (associatifs, sectoriels, syndicaux, acadĂ©miques) ou informels (compagnonnages spontanĂ©s ou ponctuels entre deux ou plusieurs projets).
Ce tissage aléatoire produit un entrelacs de mailles relationnelles (affiliatives, générationnelles, etc.), fonctionnelles (ressources, méthodes, savoir-faire, etc.) voire vocationnelles ou morales (valeurs, droit, croyances, idéal sociétal, etc.).
Dans le cas des « territoires solidaires en commun », il semble que ces relations superposent une multiplicitĂ© de trames de la plus micro (locale), meso (rĂ©gionale ou nationale) jusqu’à la big macro (mondiale), ces derniers niveaux amplement favorisĂ©s par l’émergence puis la gĂ©nĂ©ralisation des outils numĂ©riques. Cette graduation spatiale croise celle plus temporelle d’un fil tendu et durable jusqu’au brin le plus flottant ou le plus Ă©phĂ©mĂšre.
La cartographie du translocalisme jouĂ© Ă  Cerisy semble Ă  premiĂšre vue bariolĂ©e. Mais, en prenant de la distance, on perçoit soudainement l’harmonie moirĂ©e et vivace du motif de murmuration affinitaire.
Ici, la maille relationnelle est tramée des réseaux des organisateurs, la maille fonctionnelle est chaßnée en double fil croisé par les communs et la transition écologique, la maille morale est principalement incarnée par les principes coopératifs.

Attente

Cartographier Territoire et Translocalisme, en mode multidimensionnel.

Chapitre 1
Les chemins des communs

par GeneviĂšve Fontaine
Les communs sont devenus pour moi, au fil du temps, des compagnons. De ceux qui vous font voir le monde diffĂ©remment, qui vous ouvrent l’esprit sur des espaces de possibles que vous ne soupçonniez pas.
Mon chemin pour arriver Ă  ce compagnonnage n’a pas Ă©tĂ© un long fleuve tranquille. Il n’a pas Ă©tĂ© qu’intellectuel et il n’est d’ailleurs pas terminĂ©. Il a supposĂ© et suppose toujours pour moi de mettre ma propre maniĂšre de vivre, de faire, de penser en cohĂ©rence avec les espaces des possibles que les communs me permettent d’explorer. En fait, je crois que ce sont plutĂŽt des cheminements qui m’ont menĂ©e aux communs, qui ont fait Ă©voluer l’apprĂ©hension et la conception que j’en avais et qui m’ouvrent aujourd’hui des portes sur les futurs souhaitables et dĂ©sirables qui soutiennent ma volontĂ©.
Ces quatre derniĂšres annĂ©es, ces itinĂ©raires sont passĂ©s par mon travail doctoral soutenu et encadrĂ© par HervĂ© Defalvard. Par les Ă©changes informels et les travaux de recherche menĂ©s avec l’Institut Godin{17} mais aussi au sein de La Coop des Communs{18}. Ils sont bien entendu Ă©galement passĂ©s par les colloques de Cerisy consacrĂ©s au(x) commun(s){19} et par la prĂ©paration et l’animation de ce troisiĂšme colloque avec HervĂ© Defalvard, Elisabetta Bucolo, les Éditions de l’Atelier et l’équipe du Centre culturel de Cerisy. Mais ils viennent Ă©galement de plus loin encore et se dĂ©ploient aussi dans le champ de l’action : dans ma militance pour l’écologie politique et l’économie solidaire ; dans sa traduction Ă  l’échelle du territoire du Pays de Grasse et de l’ouest des Alpes-Maritimes au travers des activitĂ©s de l’association d’éducation populaire au dĂ©veloppement durable Ă©valĂ©co et dans la fabuleuse aventure humaine que constitue la construction sur ce territoire de la sociĂ©tĂ© coopĂ©rative d’intĂ©rĂȘt collectif TETRIS (Transition Ă©cologique territoriale par la recherche et l’innovation sociale) qui expĂ©rimente la construction de communs{20}.
C’est le rĂ©cit de ces cheminements construisant des liens entre rĂ©flexion, conceptualisation et action qui m’ont amenĂ©e Ă  voir les communs comme des compagnons de route que je voudrais vous conter. La co-organisation et la co-animation avec HervĂ© et Elisabetta, et le partage avec tous les intervenants et participants de ces rencontres Ă  Cerisy sur les communs et les territoires dans une perspective d’économie solidaire Ă©tant un des carrefours essentiels de mes routes des communs.

À l’origine de mes cheminements vers les communs

Depuis longtemps, je suis animĂ©e par un sentiment d’urgence nourri d’un ressenti intime des interdĂ©pendances entre les atteintes Ă  l’humain, Ă  l’environnement, Ă  nos libertĂ©s, Ă  la justice, aux altĂ©ritĂ©s... Ces ressentis et ce sentiment d’urgence me donnent tour Ă  tour « le pessimisme de la luciditĂ© » et « l’optimisme de la volontĂ© »{21} qui s’expriment, en ce qui me concerne, par un engagement qui combine et imbrique rĂ©flexion et action.
Mes chemins des communs dĂ©butent ainsi par un engagement au sein du lycĂ©e oĂč j’enseigne les sciences Ă©conomiques et sociales, par l’expĂ©rimentation d’un club de dĂ©veloppement durable. Dans cet espace non formel tolĂ©rĂ© par l’institution et grĂące Ă  la complicitĂ© de l’équipe dirigeante, j’ai appris aux cĂŽtĂ©s des jeunes et des adultes volontaires de cet Ă©tablissement comment dĂ©fricher ensemble les enjeux sociĂ©taux, environnementaux, Ă©conomiques et culturels en nous appuyant Ă  la fois sur ce qu’en disaient les chercheurs et ce qu’en faisaient les acteurs de notre territoire, pour ensuite inventer des « agirs en communs » rĂ©pondant localement Ă  ces enjeux interdĂ©pendants. Je peux aujourd’hui dire que nous explorions alors des formes de « faire communs » et que nous inventions progressivement des rĂšgles institutionnalisant nos pratiques, mais Ă  l’époque (le dĂ©but des annĂ©es 2000) j’ai surtout retenu que, pour s’attaquer aux grands dĂ©fis auxquels l’humanitĂ© doit faire face, il faut sortir des cadres et reconquĂ©rir ou rĂ©inventer la pluralitĂ© des maniĂšres de faire et de penser : sortir du cadre de la pensĂ©e Ă©conomique dominante, des cadres institutionnels et organisationnels bloquant nos imaginaires, de nos routines sĂ©curisantes mais aussi inhibantes...
Alors, comme beaucoup de personnes questionnant le dogme Ă©conomiciste actuel, j’ai rencontrĂ© la pensĂ©e et l’action de l’économie solidaire. Je me suis intĂ©ressĂ©e Ă  ce que l’histoire nous apprenait des formes d’agir solidaire en commun et Ă  la façon dont les luttes perdues ou les renoncements Ă  des Ă©chelles plus vastes les avaient progressivement Ă©touffĂ©es. J’ai explorĂ© comment prolonger l’agir commun inventĂ© au sein du lycĂ©e dans une association oĂč l’éducation populaire permettrait de dĂ©sapprendre nos rĂ©flexes concurrentiels et marchands pour rouvrir sur des agirs autres. J’ai appris Ă  faire ressurgir le sens du « nous », sans avoir Ă  demander aux personnes d’abandonner leur individualitĂ© mais au contraire en s’appuyant sur l’infinie richesse de leurs singularitĂ©s. J’ai fait partie et je fais toujours partie d’un nous qui crĂ©e des espaces oĂč le commun peut se dĂ©ployer et s’expĂ©rimenter dans sa diversitĂ©. Et si je vous raconte cela, c’est parce que, comme beaucoup d’acteurs des communs, j’ai ressenti le commun avant d’en connaĂźtre les approches thĂ©oriques... et mĂȘme le terme.
Mes cheminements vers les communs sont donc expĂ©rientiels et multiples dans leur dimension sensible avant mĂȘme d’avoir « attaquĂ© la cĂŽte » ardue de leur conceptualisation et de leur thĂ©orisation.

Premiers pas dans ma compréhension de la théorisation des communs

Le croisement entre l’agir en commun et le concept de communs se fait en premier pour moi en 2013 lorsque, rĂ©pondant Ă  l’appel du rĂ©seau francophone autour des biens communs, j’organise un cafĂ©-dĂ©bat pour permettre aux habitants des environs de Grasse de dĂ©couvrir les communs existants ou ayant existĂ© sur leur territoire et leur donner envie d’y contribuer. Au total, 200 Ă©vĂ©nements auto-organisĂ©s intitulĂ©s « Villes en biens communs » se sont ainsi tenus en octobre 2013 dans cinq pays...

Table des matiĂšres

  1. Page de titre
  2. Sommaire
  3. Introduction
  4. Le site compagnon
  5. Abécédaire libre, subjectif, pratique (1/2)
  6. Chapitre 1 : Les chemins des communs
  7. Chapitre 2 : Voyage dans les territoires solidaires en commun
  8. Chapitre 3 : Le translocalisme comme nouvel horizon des communs
  9. Les liens qui nous font
  10. Conclusion
  11. Mouvement centripÚte et envies systémiques
  12. La vie de chñteau, c’est bien ! Et aprùs ?
  13. Abécédaire libre, subjectif, pratique (2/2)
  14. Postface. Acteurs des territoires et citoyens du monde, ou l’inverse ?
  15. Les colloques de Cerisy
  16. Le Cercle des partenaires de Cerisy

Foire aux questions

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