Chapitre 1
La série télé dans tous ses états
Qu’est-ce qu’une série télé ?
Depuis l’enfance, sans s’en rendre compte, nous regardons des séries télé : Oui-Oui et sa belle voiture jaune et rouge, Peppa Pig, Dora l’exploratrice ou Olive et Tom… Mais alors, qu’est-ce qu’une série télé ? C’est un rendez-vous quotidien, récurrent, une fiction télévisée en plusieurs parties d’une même durée appelées « épisodes ». L’histoire, le décor ou le thème et les personnages font le lien entre les épisodes.
Une série a pour objectif de rendre les téléspectateurs addicts, comprenez « drogués ». La narration est fondée sur un cycle de reprises et de variations afin de les fidéliser.
La série met en scène, à chaque fois, les mêmes personnages, un peu comme lorsqu’on retrouve sa bande d’amis pour refaire le monde. Dans une logique feuilletonnante, les personnages évoluent en fonction d’un canevas appelé « arches narratives ». Dans les séries chorales, avec plusieurs héros, les personnages évoluent beaucoup tandis que, dans les sitcoms, ils sont figés et stéréotypés pour faire fonctionner la mécanique comique et provoquer le rire. Les personnages secondaires sont également récurrents alors que les guests, souvent des acteurs connus, sont appelés à la rescousse pour pimenter les épisodes et faire plaisir aux téléspectateurs.
Les décors doivent être les mêmes à chaque épisode pour que l’audience puisse retrouver ses marques et les identifier rapidement. La récurrence des lieux rime aussi avec économies pour les producteurs. Au bout d’une saison, lorsque la série est installée, on peut rajouter des décors ou carrément en changer pour créer une respiration. C’est le cas dans Grey’s Anatomy lorsque Dereck emmène tous ses amis pêcher, loin de l’hôpital.
Pour écrire une série, il convient de connaître et de respecter quelques règles de narration. Chaque épisode de la série doit avoir le même format : 3, 5, 7, 12, 26, 52, 90 minutes. Chaque épisode est composé de la même manière, avec trois actes, ou plus, comprenant l’exposition, le développement et le dénouement. Aux États-Unis, la narration est différente à cause des publicités ; le développement est partagé en deux ou trois parties qui créent ainsi quatre ou cinq actes. S’il y a trois intrigues dans le premier épisode, il devra y en avoir trois dans tous les épisodes. Dans les séries chorales, il peut y avoir quatre, cinq ou six intrigues en fonction du nombre de personnages principaux.
Les séries sont présentées par « saison », et non pas par année. Aux États-Unis, chaque saison contient entre dix et quinze épisodes pour les séries diffusées sur les networks. Petit rappel pour les non-initiés, un network est une chaîne diffusée sur le câble. « A & E », « FX », « SyFy » sont des networks. Les séries que l’on retrouve sur les grosses chaînes sont composées d’une vingtaine d’épisodes. En France, en général les séries de 90 minutes comme Une famille formidable ou Clem ont entre trois et cinq épisodes pour une saison. Les 52 minutes sont constitués de six ou huit épisodes.
Comme il faut absolument « accrocher » le spectateur dès les premières secondes de l’épisode, un teaser peut être placé avant le générique pour donner le ton de l’épisode. Dans une série policière, le teaser peut montrer en quelques secondes le meurtre qui sera résolu pendant l’épisode. À la fin des épisodes de séries feuilletonnantes, les scénaristes placent en général un cliffhanger, c’est-à-dire un épilogue accrocheur qui laisse le téléspectateur dans l’attente, avide de connaître la suite.
Feuilleton, shortcom, sitcom… les principaux types de série
L’anthologie
Si je vous dis True Detective, vous me dites ? Matthew McConaughey… bon OK… Et si je vous dis American Horror Story ? Vous devez me répondre que ces deux séries sont des anthologies, c’est-à-dire que seul le thème fait le lien entre les épisodes ou les saisons. Une saison égale une histoire et une histoire égale des personnages que l’on ne retrouvera pas forcément l’année d’après. Les saisons sont bouclées. Les codes de base, à savoir l’identité visuelle et le style, restent à chaque saison.
C’est un type de série difficile à mettre en œuvre car il ne permet pas de fidéliser le spectateur qui peut avoir aimé la première saison et être déçu par la suivante.
Le feuilleton télévisé
Parmi les feuilletons télévisés français, on retrouve Janique Aimé ou encore Belphégor. Ils mettent en scène une histoire qui se déroule épisode après épisode, avec un début, un milieu et pas toujours de fin. C’est LA recette pour créer une véritable addiction chez le spectateur.
La mini-série
Les oiseaux se cachent pour mourir vous ont fait pleurer ? Eh bien, sans le savoir, vous regardiez une mini-série ! C’est une histoire composée de deux à douze épisodes, pour une durée totale de trois à douze heures de diffusion. Ce concept se situe entre le film et la série. 3 fois Manon, Au-delà des murs sont des mini-séries françaises !
Notez que certaines mini-séries peuvent devenir des séries, si l’engouement du public est fort. C’est le cas de Chefs diffusé sur France 2, qui mijoterait une saison 2 !
La scripted reality
Qui n’est pas resté scotché devant Au nom de la vérité, Le jour où tout a basculé ou Face au doute ? N’ayez pas honte, levez la main ! La scripted reality, ou « réalité scénarisée », se situe entre la téléréalité et la fiction et réussit le pari de vous rendre accro ! Il s’agit de la reconstitution pseudo-documentaire d’un fait divers qui tourne autour d’un thème : arnaque, mensonge, trahison, abus de confiance, maladie… Chaque épisode de 26 ou 42 minutes raconte une nouvelle histoire avec de nouveaux acteurs. Une voix off explique et rappelle la situation au fur et à mesure de l’histoire, ainsi que des faces caméras pour connaître les pensées des personnages. Un épisode est tourné en deux ou quatre jours avec des coûts de production très bas et des équipes très réduites.
La série bouclée
Columbo, Navarro, Julie Lescaut ont des épisodes qui se suivent indépendamment les uns des autres : ce sont donc des séries bouclées. Les intrigues sont résolues à la fin de chaque épisode et le spectateur retrouve toutes les semaines les mêmes personnages et les mêmes lieux.
L’avantage pour les producteurs est la possibilité d’une multidiffusion sans ordre chronologique.
La série feuilleton
Lorsque dans un shaker, on mélange une cuillère de série bouclée et une pointe de feuilleton télé on obtient une série-feuilleton également dénommée série feuilletonnante ! En effet, le feuilletonnant regroupe les caractéristiques d’une série bouclée et d’un feuilleton. Tandis que certaines intrigues vont être résolues dans chaque épisode, d’autres vont se dérouler sur plusieurs épisodes, voire plusieurs saisons. C’est le cas des séries comme Urgences, Drop Dead Diva ou encore Grey’s Anatomy pour ne citer qu’elles.
La shortcom
La France est plutôt bien placée en termes de création de shortcom, alors « cocorico » ! La shortcom, ou pastille comique, d’une durée variant de 1 à 7 minutes, se situe entre le sketch et la comédie. Parmi nos succès, Caméra Café, Bref et même La Minute vieille avec nos mamies préférées.
La sitcom
Beaucoup de types de séries ont un nom anglais. La sitcom ne déroge pas à cette règle. La contraction de situation comedy – traduite en français par « comédie de situation » – est une série humoristique dont le but est de déclencher un rire toutes les trente secondes. D’une durée variant entre 22 et 26 minutes, la sitcom répond à des codes précis : personnages stéréotypés qui n’évoluent pas, décors réduits et souvent en studio, coûts de production peu élevés, tournage en public. Friends, Le Prince de Bel-Air, H, Blague à part sont des sitcoms.
Diffusée dans les années 1950, I Love Lucy est considérée comme l’ancêtre des sitcoms, tournée avec plusieurs caméras en vue d’un montage, devant un public qui réagit aux blagues. Petite révolution pour l’époque !
Le soap opera
Un soap opera… non, ce n’est pas sop… orifique ! Originaire des ...