Chapitre 1
La blockchain, c’est quoi ?
« Qui manque de connaissance est sans cesse à la merci du changement. »
Rémi Belleau
DÉMYSTIFIER LA BLOCKCHAIN
Définition
Définir la blockchain en quelques mots n’est pas chose aisée car selon son mode de pensée, ses acquis, ses expériences, chaque lecteur ne sera pas réceptif de la même façon à une définition ou à une autre.
Voici plusieurs définitions qui, crescendo, devraient vous permettre de mieux comprendre ce qu’est la blockchain :
- Simpliste : une blockchain est un grand livre de compte ouvert et accessible à tous en écriture et en lecture et qui est partagé sur un grand nombre d’ordinateurs à travers le monde.
- Basique : une blockchain est un logiciel qui stocke et transfère de la valeur ou des données via Internet, de façon transparente et sécurisée, et sans organe central de contrôle.
- Littérale : une blockchain désigne une chaîne de blocs (conteneurs numériques) dans lesquels sont stockées des informations de toute nature : transactions, contrats, titres de propriétés, œuvres d’art, etc.
- Généraliste : une blockchain est une technologie pour une nouvelle génération d’applications transactionnelles qui, grâce à un mécanisme de consensus collectif couplé avec l’utilisation d’un grand livre de compte public, décentralisé et partagé, établit la confiance, la responsabilité et la transparence tout en rationalisant les processus d’affaires.
- Technique : une blockchain est une nouvelle technologie de base de données s’appuyant et tirant pleinement profit d’Internet, du protocole libre, de la puissance de calcul et de la cryptographie. Cette base de données transactionnelle distribuée est comparable à un grand livre comptable (registre ou ledger) dans lequel chaque nouvelle transaction est écrite à la suite des autres, sans avoir la possibilité de modifier ou d’effacer les précédentes. Ce registre est actif, chronologique, distribué, vérifiable et protégé contre la falsification par un système de confiance répartie (consensus) entre les membres ou participants (nœuds).
On peut aussi proposer cette définition, qui résume l’ensemble des précédentes : une blockchain est une base de données transactionnelle distribuée, comparable à un grand livre comptable décentralisé et partagé, qui stocke et transfère de la valeur ou des données via Internet, de façon transparente, sécurisée, et autonome car sans organe central de contrôle. Ce registre est actif, chronologique, distribué, vérifiable et protégé contre la falsification par un système de confiance répartie (consensus) entre les membres ou participants (nœuds). Chaque membre du réseau possède une copie à jour du grand livre (en temps quasi réel) et le contenu est toujours en phase avec l’ensemble des participants.
Ainsi, la blockchain :
- permet l’automatisation de la transaction en supprimant les tiers ;
- est un système de consensus distribué et de confiance partagée ;
- est une infrastructure de certification et de notarisation.
Les grands principes de la blockchain
Les principes sur lesquels est fondée la blockchain sont les suivants :
- le grand livre distribué ou distributed ledger ou registre 2.0 construit sur le modèle des livres comptables et partagé entre les participants ;
- la décentralisation et la désintermédiation : aucune autorité centrale ne contrôle la blockchain, il n’y a pas de tiers de confiance ;
- le consensus : le fait qu’une transaction soit acceptée ou rejetée est le fruit d’un consensus distribué et non d’une institution centralisée (différentes formes de consensus existent) ;
- l’immutabilité : il est impossible de modifier ou de supprimer des écritures ;
- la confiance partagée et la transparence : il y a partage des données, des opérations et du consensus.
En résumé, passer par un mécanisme de consensus collectif plus utiliser un grand livre ouvert, décentralisé et partagé entraîne la confiance, la transparence et le partage.
La blockchain ne se limite pas à la blockchain Bitcoin ou à la blockchain Ethereum1. En effet, ce n’est pas une blockchain, mais plusieurs types de blockchains qui existent, cohabitent, voire interagissent. Ainsi, une blockchain peut posséder des spécificités techniques pour des utilisations ou des applications particulières.
La technologie blockchain change les règles du jeu : moins de centralisation, moins d’autorité, plus de partage. Ainsi, la blockchain apporte une infrastructure de confiance algorithmique distribuée ou consensus-as-a-service (consensus à la demande).
C’est en abordant ces aspects « d’infrastructure » que de nombreux observateurs ont tenté de rapprocher la technologie blockchain avec Internet, voire ont considéré qu’elle dépasserait Internet.
D’Internet à la blockchain
Afin d’illustrer ces propos nous vous livrons ce petit comparatif :
- Internet a permis l’automatisation de la relation (et de la mise en relation) versus la blockchain permet l’automatisation de la transaction en supprimant les tiers de confiance ;
- Internet est un système de publication décentralisé versus la blockchain est un système de consensus distribué ;
- Internet est une infrastructure de publication versus la blockchain est une infrastructure de certification.
Nous pourrions résumer2 la période 1994-2015 (année zéro de la blockchain) par l’évolution suivante :
- communications personnelles ;
- auto- publication ;
- e-commerce ;
- réseaux sociaux.
- 2015 : promesse de la blockchain :
- décentralisation de la confiance ;
- flux de valeur sans intermédiaire.
Il n’y a donc pas d’opposition entre blockchain et Internet mais une évolution technologique (voire une révolution [voir le chapitre 4]) qui vient compléter, voire disrupter, de très nombreux usages que nous aborderons dans les pages suivantes.
COMMENT ÇA FONCTIONNE ?
Pour fabriquer et faire fonctionner une blockchain, il faut un registre (la chaîne de blocs, par exemple, pour Bitcoin), une cryptographie avec des clés pour sécuriser les échanges, un algorithme (consensus) pour valider les transactions et un réseau pair à pair3 pour que le tout fonctionne. Vous y ajoutez des participants et voilà brièvement résumés les ingrédients dont vous aurez besoin.
Prenons l’exemple de la blockchain Bitcoin, dont nous explorerons la genèse, le fonctionnement et les principes dans le chapitre suivant, et décrivons son fonctionnement général en quatre étapes :
- Étape n° 1 : deux parties s’accordent sur les termes d’une transaction (transfert d’argent, actifs, titres financiers, etc.).
- Étape n° 2 : le registre est « scanné » par les membres du réseau. Par l’analyse de son historique, les membres du réseau s’assurent que le vendeur possède effectivement l’actif ou les fonds qu’il vend.
- Étape n° 3 : si tel est le cas, la transaction est validée et ajoutée au dernier bloc de la chaîne.
- Étape n° 4 : le registre est diffusé à l’ensemble du réseau. Son caractère distribué assure sa protection. Pour falsifier les transactions, il faudrait modifier les registres de l’intégralité des membres (nœuds) du réseau.
L’analyse de David Daoud
« La blockchain Bitcoin a été la première à être définie comme une chaîne de blocs dans laquelle chaque transaction est cryptée pour devenir un bloc. La transaction suivante est à son tour cryptée s...