JOUR 1
De quoi parle-t-on exactement ?
Procrastination… késaco ?
Du latin procrastinio (pro qui signifie « en avant » et crastinus, qui signifie « de demain », dérivé de cras, pour « demain »), le terme « procrastination » désigne une tendance à différer, à remettre au lendemain, à reporter, parfois aux calendes grecques, les obligations que nous pourrions accomplir maintenant.
La procrastination, phénomène complexe, multiforme et multifactoriel, est un mécanisme conscient (quand nous procrastinons, nous savons que nous procrastinons, d’où un fort sentiment de culpabilité) mais qui s’appuie, nous le verrons, sur des ressorts inconscients.
Procrastiner n’est pas le fait d’un report unique. Différer exceptionnellement une tâche qui nous incombe ne relève pas de la procrastination. La tendance qui nous intéresse désigne un comportement qui se répète dans le temps, une inclination générale, qui peut se transformer en habitude et nous enfermer dans un cercle vicieux.
Notre tendance à la procrastination a essentiellement des impacts :
• sur les études (et plus tard dans la vie professionnelle) ;
• sur la routine quotidienne (procrastination routinière) ;
• sur les prises de décision (procrastination décisionnelle).
Selon de rares études sur le sujet, la procrastination toucherait environ 30 % de la population adulte et jusqu’à 50 % des étudiants, chez qui elle occuperait jusqu’à un tiers du temps de veille. Il est même question du « syndrome de l’étudiant ».
Une récente enquête1 menée par Piers Steel, professeur en sciences humaines et auteur du livre L’équation de la procrastination, révèle que 95 % de la population mondiale est tombée au moins une fois dans sa vie dans les travers de la procrastination et qu’1 personne sur 4 souffrirait de procrastination chronique.
Le constat va plus loin : en l’espace de 40 ans, elle aurait augmenté de 300 à 400 %, du fait des nombreuses gratifications instantanées et distractions accessibles aujourd’hui à tout moment et en tous lieux.
La « maladie de l’action »
La procrastination est communément appelée la « maladie de l’action » (même si, comme nous le verrons plus loin, il ne s’agit en aucun cas d’une maladie mais bien d’un comportement).
Pour éviter de passer à l’action dans un domaine en particulier, nous allons développer des stratégies de fuite ou d’évitement, parfois très élaborées, ayant pour seul objectif de nous maintenir dans l’inertie.
Un moi divisé
Car lorsque nous rentrons dans un processus de procrastination, bien malgré nous, nous faisons l’expérience d’un combat intérieur incessant entre la partie de nous qui veut, qui a conscience que nous devons nous y mettre, et la partie de nous qui résiste.
La partie de nous qui veut, mue par l’envie d’en finir avec cette tâche qui l’obsède et la culpabilise, décide alors d’employer la force de sa volonté pour passer à l’action : « C’est décidé, à partir de demain, je me lève une heure plus tôt et je m’y mets ! » ou alors : « Je vais prendre le taureau par les cornes une bonne fois pour toutes et y consacrer toutes mes soirées sur le mois à venir ! »
Puis le moment venu arrive enfin et notre bel enthousiasme, pourtant sincère au moment d’échafauder notre plan, retombe lamentablement comme un soufflet raté.
Cette fois encore.
Ces coups d’épée dans l’eau et autres tentatives avortées ne sont pas à prendre à la légère car ils finissent par saper notre énergie et ont un effet dévastateur sur l’estime de soi et la confiance.
Comprendre le principe d’inertie
Souvenez-vous de vos années de collège où votre prof de physique vous enseignait les rudiments de l’inertie !
La force d’inertie est une résistance opposée au mouvement par un corps, grâce à sa masse. Procrastiner équivaut ni plus ni moins à opposer une résistance au mouvement.
Ainsi, selon le principe d’inertie, première des trois lois de Newton, et de manière très schématique, un corps au repos restera au repos, et un corps en mouvement restera en mouvement.
Il vous faudra donc plus de force et d’énergie pour vous mettre en mouvement, pour sortir de l’inertie mais une fois lancé, l’énergie qu’il vous sera demandé pour rester en mouvement sera bien moindre et rester en mouvement, dans l’action, deviendra facile.
Cette force d’inertie fait magnifiquement écho à la loi d’Emmet : « On dépense davantage de temps et d’énergie en vivant dans la crainte d’une tâche à accomplir qu’en l’accomplissant tout bonnement. »
C’est donc bien sur la mise en mouvement qu’il conviendra de travailler. La question qui se pose est la suivante : comment sortir de l’inertie ?
La procrastination : une forme d’autosabotage
Je suis mon pire ennemi
La procrastination fait partie de ces habitudes autodestructrices et masochistes (comme le sont également un perfectionnisme exacerbé ou une culpabilité pathologique) qui nous éloignent de nos objectifs et de notre bien-être.
Selon le Dr Richard O’Connor, psychothérapeute américain, elle est peut-être même « la forme la plus courante et universelle de comportement autodestructeur ».
Alors même que nous savons ce qui est bon pour nous, nous nous évertuons à reproduire des schémas qui nous pénalisent et à agir contre notre propre intérêt, tuant dans l’œuf nos meilleures intentions.
Nous savons pertinemment quelle voie emprunter mais nous continuons de suivre le mauvais chemin, comme si nous étions prisonniers, pris au piège de nos mauvaises habitudes, comme si, finalement, nous n’étions pas tout à fait libres de nos actes.
Résister au changement
Le changement fait peur. Tous les changements, même positifs, génèrent une forme d’anxiété. Voilà sans doute pourquoi nos efforts échouent souvent, car ils ne font qu’aggraver notre peur du changement.
« La plupart de nos comportements autodestructeurs sont le résultat d’une communication insatisfaisante entre nos deux esprits [conscient et inconscient]. Ils nous dispensent des conseils contradictoires ».
Nous avons en effet en nous des forces puissantes qui résistent au changement, même s’il est évident que ce dernier nous serait bénéfique.
Comme une force mystérieuse et étrangère à nous qui vient saboter nos efforts, ce que le Dr Richard Connor appelle le contre-courant (undertow en anglais), une force qui nous renvoie invariablement à la case départ.
« Les mauvaises habitudes ont la vie dure. C’est comme si nous étions dotés de deux cerveaux, l’un voulant ce qu’il y a de mieux pour nous et l’autre se braquant désespérément – souvent de manière inconsci...