Ce livre est constitué de seizeleçons sur la philosophie de l'esprit.
Le problème fondamental de "laphilosophie de l'esprit" a été posé, sous sa forme classique dans le mondemoderne, par Descartes. Le critique du XVIe siècle avait faitéclater l'inanité logique en cette même scolastique, qui avait prétendu fondersur l'infaillibilité logique l'autorité de son dogmatisme. La vérité de laconnaissance suppose l'adaptation de la forme de la connaissance à la réalitédu connu : l'antériorité du connu par rapport au connaissant est, en touteévidence, une pétition de principe. De tout ce qui a été affirmé jusqu'ici, au nom de la raison comme dessens, il est donc raisonnable que l'homme doute. Voilà pourquoi Descartesrentre en lui-même. Or en lui-même il trouve un point d'appui pourl'affirmation de l'être. Ainsi s'opère une de ces conversions qui ont toujoursmarqué les moments décisifs dans l'histoire de l'humanité : au lieu defaire du jugement une opération tournée vers le dehors, cherchant à saisir leschoses, et la lumière qui vient des choses, l'esprit du philosophe, avec Descartes,réfléchit, regardant vers soi comme vers le foyer de l'activité intellectuelle.Il accorde la primauté, dans l'ordre de l'existence, à la pensée, dont uneintuition immédiate, irrécusable, lui fait découvrir la présence etl'autonomie.
Le spiritualisme cartésienconsiste donc avant tout dans la thèse que l'esprit est antérieur à la matièreet indépendant d'elle : je sais que j'existe, avant de savoir s'il y a descorps, si mon corps existe ; et quand, plus tard, je parlerai d'un mondede substances matérielles, ce n'est pas en partant des données sensibles, quipar elles-mêmes n'ont guère plus de consistance que les images des rêves, c'esten faisant fond sur la clarté et la distinction inhérente à l'idée de l'étenduequi est une essence purement intellectuelle. Dès lors, pour Descartes, — commepour les cartésiens, pour Spinoza, pour Malebranche, pour Bossuet, — ce qui estspirituel, c'est ce qui est intellectuel.
