Un homme revient en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale.
Il a été absent longtemps, cet homme. Très longtemps. Trop, peut-être. Et le voici qui revient, bien différent de l'homme qu'il était à son départ. À voir son accoutrement, on le prendrait pour le cousin germain d'un de ces épouvantails plantés çà et là dans la campagne, pour effrayer les oiseaux (les hommes aussi, parfois, quand tombe la nuit).
Et au-dedans de lui, c'est la même chose. Il a attendu, mille jours durant, dehors, dans le froid, en Sibérie. Il a payé de la rotule de son genou le droit d'entrée. Il a attendu, mille nuits durant, dehors, dans le froid, et le voici enfin qui revient chez lui.
Et là, héros d'un film insensé, il doit bien souvent se pincer le bras, tandis que tournent les bobines, pour savoir s'il vit un songe ou s'il est bel et bien éveillé. Il voit alors qu'ils sont nombreux, à droite, à gauche, à vivre le même cauchemar. Et il pense que ce doit être cela, la réalité. Mais oui.
Et quand enfin, l'estomac dans les talons, les pieds gelés, il se retrouve dans la rue, il se rend compte que ce n'était au fond qu'un vieux, un tout vieux film. « Qui racontait l'histoire d'un homme qui s'en revenait en Allemagne, un de ceux-là. » Un de ceux qui rentrent à la maison, et qui pourtant ne rentrent pas à la maison, parce qu'il n'y a plus pour eux de foyer dans ce pays.
Leur foyer, il est là désormais, dehors, devant la porte. Dehors, leur patrie, dans la nuit, sous la pluie, dans la rue. Tel est le visage de leur Allemagne.
