Le jeu brĂ»le tout. Il est la passion. Il est le rĂȘve.L'enfer et la dĂ©mesure. Le rĂ©vĂ©lateur des abĂźmes de l'Ăąme et l'ignoble concentrĂ© de la comĂ©die bourgeoise. Il est l'argent!Autour de ses tapis, le gĂ©nĂ©ral dĂ©chu se fait l'esclave du marquis et attend le dĂ©cĂšs de la richissime Baboulinka, sa tante. HypothĂšques... HĂ©ritages...Intrigues... Corruption morale sur fond de bonnes maniĂšres. Qui donc rĂ©sistera Ă ce tourbillon de folie?Dans ce dĂ©sordre furieux, Alexis succombe Ă son tour au cancer du jeu. Le jeune prĂ©cepteur veut sĂ©duire l'intraitable Pauline, belle-fille de son employeur. Il est pauvre et doit devenir riche. Il veut surprendre et se tuerait pour ça.Sur Roulettenbourg, ville d'eau paisible, souffle le vent du gĂąchis. Une tempĂȘte frĂ©nĂ©tique emportant les derniers fĂ©tus d'une vieille Europe en lambeaux...

- 159 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
Le Joueur
Ă propos de ce livre
Informations
Sujet
LittératureSujet
Fiction historiqueChapitre 1
Â
Je suis enfin revenu de mon absence de deux semaines. Les nĂŽtres
Ă©taient depuis trois jours Ă Roulettenbourg. Je pensais quâils
mâattendaient avec Dieu sait quelle impatience, mais je me
trompais. Le gĂ©nĂ©ral me regarda dâun air trĂšs indĂ©pendant, me parla
avec hauteur et me renvoya Ă sa sĆur. Il Ă©tait clair quâils avaient
gagnĂ© quelque part de lâargent. Il me semblait mĂȘme que le gĂ©nĂ©ral
avait un peu honte de me regarder.
Maria Felipovna était trÚs affairée et me parla à la hùte. Elle
prit pourtant lâargent, le compta et Ă©couta tout mon rapport. On
attendait pour le dßner Mézentsov, le petit Français et un Anglais.
Comme ils ne manquaient pas de le faire quand ils avaient de
lâargent, en vrais Moscovites quâils sont, mes maĂźtres avaient
organisĂ© un dĂźner dâapparat. En me voyant, Paulina Alexandrovna me
demanda pourquoi jâĂ©tais restĂ© si longtemps, et disparut sans
attendre ma rĂ©ponse. Ăvidemment elle agissait ainsi Ă dessein. Il
faut pourtant nous expliquer ; jâai beaucoup de choses Ă lui
dire.
On mâassigna une petite chambre au quatriĂšme Ă©tage de lâhĂŽtel. â On
sait ici que jâappartiens Ă la suite du gĂ©nĂ©ral. â Le gĂ©nĂ©ral passe
pour un trĂšs riche seigneur. Avant le dĂźner, il me donna entre
autres commissions celle de changer des billets de mille francs.
Jâai fait de la monnaie dans le bureau de lâhĂŽtel ; nous
voilĂ , aux yeux des gens, millionnaires au moins durant toute une
semaine.
Je voulus dâabord prendre Nicha et Nadia pour me promener avec eux.
Mais de lâescalier on mâappela chez le gĂ©nĂ©ral : il dĂ©sirait savoir
oĂč je les menais. DĂ©cidĂ©ment, cet homme ne peut me regarder en
face. Il sây efforce ; mais chaque fois je lui rĂ©ponds par un
regard si fixe, si calme quâil perd aussitĂŽt contenance. En un
discours trÚs pompeux, par phrases étagées solennellement, il
mâexpliqua que je devais me promener avec les enfants dans le parc.
Enfin, il se fĂącha tout Ă coup, et ajouta avec roideur :
â Car vous pourriez bien, si je vous laissais faire, les mener Ă la
gare, Ă la roulette. Vous en ĂȘtes bien capable, vous avez la tĂȘte
lĂ©gĂšre. Quoique je ne sois pas votre mentor, â et câest un rĂŽle que
je nâambitionne point, â jâai le droit de dĂ©sirer que⊠en un motâŠ
que vous ne me compromettiez pasâŠ
â Mais pour perdre de lâargent il faut en avoir, rĂ©pondis-je
tranquillement, et je nâen ai point.
â Vous allez en avoir, dit-il un peu confus.
Il ouvrit son bureau, chercha dans son livre de comptes et constata
quâil me devait encore cent vingt roubles.
â Comment faire ce compte ? Il faut lâĂ©tablir en thalers⊠Eh
bien, voici cent thalers en somme ronde ; le reste ne sera pas
perdu.
Je pris lâargent en silence.
â Ne vous offensez pas de ce que je vous ai dit. Vous ĂȘtes si
susceptible !⊠Si je vous ai fait cette observation, câestâŠ
pour ainsi dire⊠pour vous prĂ©venir, et jâen ai bien le droitâŠ
En rentrant, avant le dĂźner, je rencontrai toute une cavalcade.
Les nÎtres allaient visiter quelques ruines célÚbres dans les
environs : mademoiselle Blanche dans une belle voiture avec Maria
Felipovna et Paulina ; le petit Français, lâAnglais et notre
gĂ©nĂ©ral Ă cheval. Les passants sâarrĂȘtaient et regardaient :
lâeffet Ă©tait obtenu. Seulement, le gĂ©nĂ©ral nâa quâĂ se bien tenir.
Jâai calculĂ© que, des cinquante-quatre mille francs que jâai
apportĂ©s, â en y ajoutant mĂȘme ce quâil a pu se procurer ici, â il
ne doit plus avoir que sept ou huit mille francs ; câest trĂšs
peu pour mademoiselle Blanche.
Elle habite aussi dans notre hĂŽtel, avec sa mĂšre. Quelque part
encore, dans la mĂȘme maison, loge le petit Français, que les
domestiques appellent « Monsieur le comte ». La mÚre de
mademoiselle Blanche est une « Madame la comtesse ». Et pourquoi ne
seraient-ils pas comte et comtesse ?
à table, M. le comte ne me reconnut pas. Certes, le général ne
songeait pas Ă nous prĂ©senter lâun Ă lâautre ; et quant Ă M.
le comte, il a vĂ©cu en Russie et sait bien quâun outchitel
Chapitre 2
Â
Cela mâĂ©tait trĂšs dĂ©sagrĂ©able. JâĂ©tais dĂ©cidĂ© Ă jouer, mais non pas
pour le compte des autres. MĂȘme cela dĂ©rangeait mes plans. Jâeus,
en entrant dans le salon de jeu, une sensation de dépit, et, du
premier regard, tout me déplut. Je ne puis supporter cet esprit de
laquais qui dicte tous les feuilletons dans le monde entier,
surtout chez nous, et qui, chaque printemps, impose au
feuilletoniste ces deux thÚmes : « La magnificence des salons de
jeu dans les villes Ă roulette des bords du Rhin, et les tas dâor
amoncelés sur les tables⊠» Les feuilletonistes ne sont pourtant
pas payĂ©s pour dire cela. Câest pure servilitĂ©. En rĂ©alitĂ©, ces
salons sont dĂ©goĂ»tants, et, pour des tas dâor, on nâen voit guĂšre.
Je sais bien que, parfois, un riche étranger, Anglais, Asiatique,
Turc, sâarrĂȘte deux jours dans la ville, couche au salon et y perd
ou gagne des sommes énormes ; mais quant au mouvement normal,
il se compose de quelques florins, et il nây a que trĂšs peu
dâargent sur les tables.
Une fois entrĂ©, â câĂ©tait ma premiĂšre soirĂ©e de jeu, â je fus
quelque temps sans oser me mettre Ă jouer. Il y avait beaucoup de
monde ; mais eussĂ©-je Ă©tĂ© seul, je crois que je nâaurais pas
Ă©tĂ© plus courageux. Mon cĆur battait fort, et je nâavais pas de
sang-froid.
JâĂ©tais sĂ»r depuis longtemps que je ne quitterais pas
Roulettenbourg sans quâil mây fĂ»t arrivĂ© quelque chose de dĂ©cisif.
Il le faut et ce sera. Ce sera peut-ĂȘtre du ridicule ?
Quâest-ce que ça me fait ? En tout cas, lâargent nâest jamais
ridicule. Il nây en a quâun sur cent qui gagne, mais il y en a un.
Je résolus toutefois de bien examiner et de ne rien commencer de
sĂ©rieux ce soir-lĂ . DĂ»t-il mâarriver ce soir mĂȘme quelque chose
dâimportant, jâĂ©tais rĂ©solu Ă le considĂ©rer comme nĂ©gligeable.
Jâavais dĂ©cidĂ© cela. De plus, ne fallait-il pas Ă©tudier le jeu
lui-mĂȘme ? Car, malgrĂ© les traitĂ©s de roulette que jâavais lus
avec aviditĂ©, je ne compris les combinaisons du jeu quâen les
pratiquant moi-mĂȘme. Mais dâabord tout me parut sale, repoussant.
Je ne parle pas des visages inquiets qui se pressaient autour des
tables par dizaines, par centaines, attendu que je ne vois rien de
repoussant dans le désir de gagner par le plus court moyen la plus
grosse somme possible. Cette pensĂ©e dâun moraliste bien repu qui
disait Ă un joueur, arguant de ce quâil nâexposait que peu de chose
: « Câest donc une cupiditĂ© mĂ©diocre », mâa toujours paru stupide.
Nâest-ce pas ? Câest une affaire dâapprĂ©ciation : une cupiditĂ©
médiocre et une grande cupidité ; un zéro pour Rothschild, un
million pour moi ! Quây a-t-il de mauvais dans le systĂšme
équilibré des gains et des pertes ?
Ce qui me parut, Ă moi, rĂ©ellement laid et vil, â surtout au
premier abord, â dans toute cette canaille qui compose le public de
la roulette, câest lâintolĂ©rable gravitĂ© des gens assis autour des
tables. Il y a deux jeux : celui des gentlemen et celui de la
crapule. On les distingue trÚs sévÚrement, et pourtant, à vrai
dire, quelle sottise que cette distinction ! Un gentleman
risque cinq ou dix louis, rarement plus, quoiquâil puisse, sâil est
trĂšs riche, jouer mille francs, mais pour lâamour du jeu seulement,
pour sâamuser, pour Ă©tudier le processus du gain et de la perte.
Quant au gain lui-mĂȘme, câest chose indiffĂ©rente. En ramassant son
gain, il convient que le gentleman fasse Ă quelquâun de ses voisins
une plaisanterie. Il peut rejouer son gain, le doubler mĂȘme, mais
uniquement par curiosité, pour voir les chances, pour faire des
combinaisons, jamais pour le désir plébéien de réaliser un profit.
Il ne doit voir, dans le salon de jeu, quâun amusement. Et ne
devrait-ce pas ĂȘtre la pensĂ©e aussi de toute cette canaille qui
lâentoure ? Elle aussi, ne devrait-elle pas jouer pour le
plaisir ? Ce dĂ©dain des questions dâintĂ©rĂȘt serait, de sa
part, trĂšs aristocratique⊠Je vis des mamans donner des piĂšces dâor
Ă de gracieuses jeunes filles de quinze Ă seize ans et leur
apprendre Ă jouer.
Notre gĂ©nĂ©ral sâapprocha solennellement de la table. Les laquais se
précipitÚrent pour lui donner une chaise ; mais il négligea de
les voir. Il prit trois cents francs en or dans sa bourse, les posa
sur le noir et gagna. Il fit paroli ; le noir sortit de
nouveau. Mais, au troisiĂšme coup, le rouge sortit, et il perdit
douze cents francs dâun coup. Il sâen alla avec un sourire et tint
bon. â Je dois dire que, devant moi, un Français gagna et perdit
gaiement trente mille francs. Un gentleman doit tout perdre sans
agitation ; lâargent lui est si infĂ©rieur quâil ne peut sâen
apercevoir. De plus, il est trĂšs aristocratique de ne pas remarquer
combien tout cet entourage est vulgaire et crapuleux. Il serait
pourtant tout aussi aristocratique de le remarquer et de lâexaminer
avec une lorgnette ; le tout à titre de distraction. La vie
est-elle autre chose que lâamusement des gentlemen ? Le
gentleman ne vit que pour observer la foule. La trop regarder
pourtant ne convient pas. Câest un spectacle qui ne mĂ©rite pas une
grande attention. Eh ! quel spectacle mĂ©rite lâattention des
gentlemen ? Seulement, je parle pour les gentlemen, car,
personnellement, jâestime que tout cela vaut un examen attentif,
non seulement pour lâobservateur, mais aussi pour les acteurs de ce
petit drame, pour ceux qui, franchement et simplement, se mĂȘlent Ă
toute cette canaille. Mais mes convictions personnelles nâont que
faire ici. Jâai dit par conscience ce quâil en Ă©tait ; voilĂ
lâimportant. Depuis quelque temps, il mâest trĂšs dĂ©sagrĂ©able de
conformer mes actions et mes pensées aux rÚgles de morale. Je suis
une autre directionâŠ
La canaille jouait en canaille. Je ne suis pas loin de croire que
ce prétendu jeu cache de simples vols. Les croupiers, au bout des
tables, vérifient les mises et font les comptes. Voilà encore de la
canaille ! des Français pour la plupart. Si je note ces
observations, ce nâest pas pour dĂ©crire la roulette, câest pour
moi-mĂȘme, pour me tracer une ligne de conduite. Il nâest pas rare,
il est trĂšs commun, veux-je dire, quâune main sâĂ©tende Ă travers la
table et prenne ce que vous avez gagnĂ©. Une discussion sâĂ©lĂšve, on
crie, et, je vous prie, le moyen de prouver Ă qui appartient la
mise ?
Dâabord, tout cela Ă©tait pour moi de lâhĂ©breu. Je comprenais
seulement quâon pontait sur des chiffres, sur pair et impair et sur
des couleurs. Je me décidai à ne risquer ce soir-là que deux cents
des florins de Paulina.
La pensée que je débutais par jouer pour un autre me troublait.
CâĂ©tait une sensation trĂšs dĂ©sagrĂ©able. Je voulais en finir tout de
suite. Il me semblait quâen jouant pour Paulina je ruinais mes
propres chances. Il suffit donc de toucher Ă une table de jeu pour
devenir superstitieux ! Je déposai cinquante florins sur pair.
La roue tourna et le chiffre treize sortit. Maladivement, pour en
finir plus vite, je mis encore cinquante florins sur le rouge. Le
rouge sortit. Je laissai les cent florins sur le rouge, qui sortit
encore. Je laissai le tout et je gagnai derechef. Je mis deux cents
florins sur la douzaine du milieu, sans savoir ce que cela pourrait
me donner. On me paya deux fois ma mise. Je gagnai donc sept cents
florins. JâĂ©tais en proie Ă dâĂ©tranges sentiments. Plus je gagnais,
plus jâavais hĂąte de mâen aller. Il me semblait que je nâaurais pas
joué ainsi pour moi. Je mis pourtant les huit cents florins sur
pair.
â Quatre, dit le croupier.
On me donna encore huit cents florins ; et, prenant le tout,
je mâen allai trouver Paulina.
Ils se promenaient tous dans le parc, et je ne pus la voir quâau
souper. Le Français nâĂ©tait pas lĂ , et le gĂ©nĂ©ral put profiter de
cette absence pour me dire tout ce quâil avait sur le cĆur. Entre
autres choses, il me fit observer quâil ne dĂ©sirait pas me voir Ă
la table de jeu. DâaprĂšs lui, il Ă©tait trĂšs dangereux pour moi que
jây parusse.
â Et en tout cas, moi, je serais compromis, rĂ©pĂ©ta-t-il avec
importance. Je nâai pas le droit de rĂ©gler votre conduite. Mais,
comprenez vous-mĂȘmeâŠ
Ici, selon son habitude, il ne finit pas. Je lui répondis trÚs
sĂšchement que jâavais fort peu dâargent et que je ne risquais pas
dâen perdre beaucoup. En rentrant chez moi, jâeus le temps
dâapprendre son gain Ă Paulina, et je lui dĂ©clarai que dĂ©sormais je
ne jouerais plus pour elle.
â Pourquoi donc ? demanda-t-elle avec inquiĂ©tude.
â Cela me dĂ©range⊠je veux jouer pour moi.
â Vous avez raison. La roulette est votre salut ! dit-elle
avec un sourire moqueur.
â PrĂ©-ci-sĂ©-ment.
Quant Ă lâespoir de gagner toujours, câest peut-ĂȘtre ridicule, jâen
conviens. Et puis ?⊠Je demande seulement quâon me laisse
tranquille.
Paulina Alexandrovna mâoffrit de partager le gain du jour, en me
proposant de continuer Ă jouer dans ces conditions. Je
refusai ; je dĂ©clarai quâil Ă©tait impossible de jouer pour les
autres, que je sentais que je perdrais, que je perdrais sûrement.
â Et pourtant, tout sot que cela soit, moi aussi je nâai dâespoir
que dans la roulette. Il faut donc absolument jouer pour moi. Et je
veux que vous partagiez. Vous le ferez.
Elle sortit sans écouter davantage mes observations.
Chapitre 3
Hier, de toute la journĂ©e, elle ne me dit pas un mot Ă propos du jeu. Elle Ă©vitait dâailleurs de me parler. Ses maniĂšres Ă©taient changĂ©es. Elle me traitait nĂ©gligemment, me marquant Ă peine son mĂ©pris. Je compris quâelle se trouvait offensĂ©e. Mais, comme elle mâen a averti, elle me mĂ©nage encore parce que je lui suis encore nĂ©cessaire. Ătranges relations, incomprĂ©hensibles souvent pour moi, eu Ă©gard surtout Ă son orgueil ordinaire. Elle sait que je lâaime Ă la folie. Elle me permet mĂȘme de lui parler de mon amour. Quelle plus profonde marque de mĂ©pris que celle-lĂ !
« Tes sentiments me sont si indiffĂ©rents, que tu peux me les dire ou les taire, cela mâest Ă©gal ! »
Nâest-ce pas ?
Elle mâentretient souvent de ses propres affaires, mais jamais avec une entiĂšre franchise. Câest encore un raffinement de dĂ©dain. Elle me sait au courant de certaines circonstances de sa vie, de celles qui lâinquiĂštent le plus. Elle-mĂȘme mâa donnĂ© certains dĂ©tails, juste assez pour pouvoir mâutiliser, mâemployer comme commissionnaire. Quant Ă lâenchaĂźnement des Ă©vĂ©nements, je lâignorerai toujours. Pourtant, si elle me voit inquiet de ses propres inquiĂ©tudes, elle daigne me tranquilliser par des demi-franchises, voire par des trois quarts de franchises. Comme si elle ne devait pas, mâemployant Ă des commissions trĂšs dangereuses, ĂȘtre avec moi dâune sincĂ©ritĂ© absolue !
Je connaissais depuis trois semaines son intention de me faire jouer Ă la roulette, car il nâĂ©tait pas convenable quâelle jouĂąt elle-mĂȘme. Ă sa physionomie je compris quâil ne sâagissait pas dâun dĂ©sir vague, mais dâun besoin trĂšs sĂ©rieux de gagner de lâargent. Pourtant, Ă quoi peut donc lui servir lâargent ? Elle doit avoir un but, quelque projet qui mâĂ©chappe, câest-Ă -dire que jâentrevois, mais dont je ne suis pas sĂ»r. Certes, lâhumiliant esclavage quâelle mâimpose me donne le droit de la questionner catĂ©goriquement. Puisque je suis pour elle si peu de chose, elle ne peut sâoffenser de ma grossiĂšre curiositĂ©. Mais elle me permet bien de la questionner ; seulement, elle ne me rĂ©pond pas. Quelquefois, elle ne paraĂźt mĂȘme pas sâapercevoir que je lâinterroge.
Hier, nous avons beaucoup parlĂ© du tĂ©lĂ©gramme envoyĂ©, il y a quatre jours, Ă PĂ©tersbourg et qui est restĂ© jusquâici sans rĂ©ponse. Le gĂ©nĂ©ral Ă©tait visiblement inquiet et pensif ; il sâagit Ă©videmment de la babouschka. Le Français sâinquiĂšte aussi. Hier soir, aprĂšs le dĂźner, il sâest entretenu longuement et sĂ©rieusement avec le gĂ©nĂ©ral. Avec nous tous il a un ton extraordinairement hautain et mĂ©prisant. Vous connaissez le proverbe : « Quand on te permet de tâasseoir Ă table, tu y mets les pieds. » MĂȘme avec Paulina, il montre un sans-gĂȘne qui va jusquâĂ la grossiĂšretĂ©. Pourtant, il prend part avec plaisir aux promenades communes, aux cavalcades, aux excursions hors de la ville. Il est liĂ© depuis longtemps...
Table des matiĂšres
- Chapitre 1
- Chapitre 2
- Chapitre 3
- Chapitre 4
- Chapitre 5
- Chapitre 6
- Chapitre 7
- Chapitre 8
- Chapitre 9
- Chapitre 10
- Chapitre 11
- Chapitre 12
- Chapitre 13
- Chapitre 14
- Chapitre 15
- Chapitre 16
- Chapitre 17
- Page de copyright
Approuvé par les 375,005 étudiants
AccĂšs Ă plus de 1,5Â million de titres pour un prix mensuel raisonnable.
Ătudiez plus efficacement en utilisant nos outils d'Ă©tude.
Foire aux questions
Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramÚtres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrir comment résilier votre abonnement
Non, les livres ne peuvent pas ĂȘtre tĂ©lĂ©chargĂ©s sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour ĂȘtre utilisĂ©s en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez tĂ©lĂ©charger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre tĂ©lĂ©phone portable ou votre tablette. Apprendre Ă tĂ©lĂ©charger des livres hors ligne
Perlego propose deux formules : Essential et Complete
- Essential est idéal pour les apprenants et les professionnels qui aiment explorer une grande variété de sujets. Accédez à la Essential Library avec plus de 800 000 titres de confiance et best-sellers dans les domaines du business, du développement personnel et des sciences humaines. Inclut un temps de lecture illimité et la voix Standard Read Aloud.
- Complete : Parfait pour les apprenants avancés et les chercheurs ayant besoin d'un accÚs total et sans restriction. Débloquez plus de 1,5 million de livres dans des centaines de sujets, y compris des titres académiques et spécialisés. Le forfait Complete inclut aussi des fonctionnalités avancées telles que Premium Read Aloud et Research Assistant.
Nous sommes un service déabonnement à des manuels scolaires en ligne, qui vous permet d'accéder à une bibliothÚque en ligne entiÚre pour moins que le prix d'un seul livre par mois. Avec plus de 1,5 million de livres sur plus de 990 thÚmes, nous avons ce qu'il vous faut ! Découvrir notre mission
Recherchez le symbole Ăcouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'Ă©couter. L'outil Ăcouter lit le texte Ă haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accĂ©lĂ©rer ou le ralentir. En savoir plus sur la fonctionnalitĂ© Ăcouter
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS et Android pour lire Ă tout moment, n'importe oĂč, mĂȘme hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous ĂȘtes en dĂ©placement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application
Oui, vous pouvez accéder à Le Joueur de Fyodor Mikhailovich Dostoyevski aux formats PDF et/ou ePub, ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Littérature et Fiction historique. Nous avons plus de 1,5 million de livres disponibles dans notre catalogue pour vous.