Pierre Laporte
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Pierre Laporte

  1. 472 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Pierre Laporte

À propos de ce livre

Pierre Laporte reste, paradoxalement, un homme mal connu.

Audacieux journaliste, il s'est distinguĂ© dans sa dĂ©marche d'enquĂȘte, particuliĂšrement dans ses Ă©ditoriaux au Devoir et ses Lettres de QuĂ©bec. Farouche opposant de Duplessis, il a mis Ă  jour le scandale du gaz naturel.

Son parcours politique est essoufflant: en moins d'une décennie, Pierre Laporte a cumulé les fonctions de président du caucus des députés, de whip, de leader parlementaire et les postes de ministre des Affaires municipales, des Affaires culturelles, du Travail et de l'Immigration ainsi que celui de vice-premier ministre aux cÎtés de Robert Bourassa.

Sa fin tragique a éclipsé sa carriÚre et c'est tout le mérite de Jean-Charles Panneton de dresser, sans complaisance, un portrait juste de l'un des personnages marquants de notre histoire.

Originaire de Trois-RiviĂšres, Jean-Charles Panneton est dĂ©tenteur d'un baccalaurĂ©at et d'une maĂźtrise en histoire politique. Il est l'auteur de nombreux articles et de l'essai Georges-Émile Lapalme: prĂ©curseur de la RĂ©volution tranquille, publiĂ© chez VLB en 2000.

CHAPITRE II
Journaliste de combat
1944-1961
Les premiÚres années au Devoir
Pierre Laporte entre au Devoir en mars 1944. Il est encore Ă©tudiant en droit Ă  l’UniversitĂ© de MontrĂ©al. Il est trĂšs fier d’ĂȘtre engagĂ© dans ce journal indĂ©pendant, fondĂ© en 1910 par Henri Bourassa, une lĂ©gende vivante : pendant longtemps, il fut la figure de proue du nationalisme canadien-français. L’état dĂ©labrĂ© du bĂątiment, une ancienne usine de chaussures qui a plutĂŽt l’allure d’un taudis, et le maigre salaire qui lui est offert ne repoussent pas le jeune journaliste, qui rĂȘvait d’y travailler depuis quelque temps dĂ©jĂ . Ce journal est beaucoup plus proche de ses convictions que ne l’est Le Canada.
Chroniqueur universitaire
EmbauchĂ© Ă  titre de chroniqueur universitaire, Laporte Ă©crit des comptes rendus portant principalement sur la vie Ă©tudiante universitaire et quelquefois il Ă©crit sur les collĂšges classiques. Son travail est essentiellement de mĂȘme nature que celui qu’il effectuait auparavant pour Le Canada et le Quartier Latin. Il est appelĂ© pĂ©riodiquement Ă  traiter de l’actualitĂ© municipale, couvrant notamment la grĂšve des employĂ©s de tramways qui paralyse le transport en commun montrĂ©alais au mois d’aoĂ»t 1944. La direction du journal l’affecte d’ailleurs en 1946 Ă  la couverture de l’actualitĂ© politique municipale, plus largement aux nouvelles portant sur la rĂ©gion mĂ©tropolitaine.
Un premier voyage dans les communautĂ©s francophones de l’ouest du pays
En octobre 1946, il se joint Ă  un groupe de gens d’affaires de la Chambre de commerce de MontrĂ©al, pour le congrĂšs annuel de la Chambre de commerce du Canada, Ă  Winnipeg. Laporte y rĂ©dige plusieurs articles sur la vie des francophones au Manitoba, et il dĂ©crit avec force dĂ©tails la ville de Saint-Boniface et ses alentours. L’aspect Ă©conomique le prĂ©occupe beaucoup. Bien que la situation socioĂ©conomique des Franco-Manitobains soit peu reluisante, Laporte se laisse porter par un optimisme dĂ©bordant qui cache mal sa ferveur nationaliste : « La Chambre de commerce est un corps mort ? Ils vont le ressusciter ; leurs caisses populaires ne sont pas assez puissantes ? Ils ne tarderont pas Ă  les renforcer ; ils manquent d’industries ? Il se dessine actuellement chez les jeunes un mouvement de coopĂ©ration qui dĂ©terminera probablement la naissance d’industries salutaires. VoilĂ  comment nos compatriotes rĂ©agissent devant leurs problĂšmes. Ils ont senti le point faible et vont maintenant s’employer Ă  le renforcer. Quand ils auront fait cela, ils pourront avec assez de certitude chanter victoire[58] ! »
Le jeune journaliste du Devoir s’y trouve aussi Ă  titre de reprĂ©sentant de la Jeune Chambre de commerce. Lors d’un discours Ă  Saint-Boniface, il rappelle l’importance des communautĂ©s francophones de l’Ouest canadien et la reconnaissance que leur doit le QuĂ©bec : « Ce n’est pas l’Ouest français qui doit de la reconnaissance Ă©ternelle Ă  nos compatriotes pour avoir conservĂ© Ă  notre race, et au Canada, une Ă©lite qui fait honneur Ă  l’Ouest canadien et l’orgueil de la province de QuĂ©bec[59]. » Il profite de l’occasion pour annoncer une campagne du livre français pour les francophones de l’Ouest, Ă  l’hiver 1947. La campagne sera lancĂ©e en mars 1947 et prĂ©sidĂ©e par Laporte. Tout au long de sa carriĂšre au Devoir, Laporte Ă©crit rĂ©guliĂšrement sur les communautĂ©s francophones des Maritimes, de l’Ontario, du Manitoba et de la Colombie-Britannique ainsi que sur la Louisiane. Mais il ne se limite pas Ă  ce seul rĂŽle puisqu’il organise plusieurs collectes de fonds et des collectes de livres pour ses compatriotes.
Cet engagement de Laporte envers les communautĂ©s francophones traduit bien la pensĂ©e de son mentor, le chanoine Groulx, sur l’importance de dĂ©fendre et d’encourager le dĂ©veloppement des communautĂ©s francophones hors du QuĂ©bec. L’historien Michel Bock rĂ©sume parfaitement cet Ă©lĂ©ment de la pensĂ©e de Lionel Groulx : « Les minoritĂ©s, si elles constituaient bien sĂ»r pour Lionel Groulx les avant-postes ou les remparts de la nation canadienne-française, reprĂ©sentaient encore bien plus que cela Ă  ses yeux : elles Ă©taient Ă©galement – et surtout – les vestiges, les tĂ©moins toujours vivants du grand Empire français d’AmĂ©rique. Groulx reconnaissait chez elles les descendants, sinon toujours gĂ©nĂ©alogiques au sens strict, du moins spirituels des hĂ©ros de la Nouvelle-France qui avaient ouvert le pays, voire le continent, Ă  la civilisation europĂ©enne et chrĂ©tienne, française et catholique[60]. »
PĂ©riode d’instabilitĂ© au Devoir
En septembre 1946, Émile Benoist, secrĂ©taire de rĂ©daction – qui assumait la gestion du personnel du Devoir Ă  la place du directeur, Georges Pelletier trĂšs malade depuis 1942 –, dĂ©missionne. DĂšs lors, le conseil d’administration exerce les pouvoirs du directeur gĂ©nĂ©ral et il confie Ă  Alexis Gagnon la direction de la rĂ©daction. Mais Gagnon n’arrive pas Ă  s’imposer, ce qui laisse le quotidien sans vĂ©ritable politique Ă©ditoriale. Cette dĂ©rive amĂšne Roger Duhamel, Alfred Ayotte, Lucien Desbiens et LĂ©opold Richer Ă  dĂ©missionner. Et ils ne sont pas les seuls Ă  quitter le navire. Plusieurs lecteurs n’achĂštent plus le journal, provoquant ainsi une baisse du tirage, ce qui a pour effet de creuser plus encore le dĂ©ficit de l’entreprise.
Flairant la faiblesse du quotidien, Maurice Duplessis tente de s’en emparer aidĂ© par des sympathies agissantes dans l’équipe rĂ©dactionnelle, Alexis Gagnon – surnommĂ© l’Ɠil de Duplessis –, Louis Robillard et Émile Benoist. Au sein du conseil d’administration, une majoritĂ© d’administrateurs est en faveur de la nomination d’un directeur bien disposĂ© Ă  l’égard de l’Union nationale. À partir d’une rumeur, le journal Le Canada Ă©voque dans son Ă©dition du 3 mars 1944 l’achat prochain du Devoir par Duplessis. Le dĂ©part de l’un de ses journalistes, LĂ©opold Richer, constituerait un autre indice : « M. Richer a quittĂ© Le Devoir pour devenir rĂ©dacteur en chef du Bloc, organe de M. AndrĂ© Laurendeau. Jamais il n’aurait consenti Ă  rester correspondant de l’ancien journal de M. Bourassa du jour oĂč il aurait su que celui-ci Ă©tait vouĂ© Ă  la dĂ©fense du cabinet des 21 ministres, qui attire tant de ridicule sur notre province et dont trois membres au moins se sont jusqu’ici dĂ©clarĂ©s partisans d’un rapprochement avec les bleus d’Ottawa et champions de l’Empire britannique[61]. »
L’arrivĂ©e salutaire de GĂ©rard Filion au Devoir
L’intervention Ă©nergique de Jacques Perrault, membre du conseil d’administration et avocat du journal, appuyĂ© par deux autres membres et par Georges Pelletier, contrecarre cette tentative de prise de contrĂŽle par Duplessis. GĂ©rard Filion est nommĂ© directeur, avec les pleins pouvoirs, lors d’une assemblĂ©e d’administrateurs et de fiduciaires de l’Imprimerie populaire, le 10 avril 1947.
Avant mĂȘme de mettre les pieds au journal, Filion invite les journalistes et les gestionnaires de l’entreprise Ă  une partie de sucre. Un journaliste de l’époque, Jean-Marc LalibertĂ©, dĂ©crit ce premier contact qui allait donner le ton pour la suite : « La journĂ©e se dĂ©roule dans une atmosphĂšre tout Ă  fait dĂ©tendue. L’hĂŽte, accompagnĂ© de son Ă©pouse, vĂȘtu en chemise Ă  carreaux et bottes de cuir, accueille tout le monde avec bonhomie. Les jeunes employĂ©s sont en vĂȘtements de sport et les aĂźnĂ©s, probablement plus prĂ©occupĂ©s de leur avenir, portent veston et cravate. À la fin de la journĂ©e, tous sont d’accord : le nouveau patron est abordable[62]. »
À son arrivĂ©e au 430, rue Notre-Dame Est, le nouveau directeur du Devoir constate l’étendue du dĂ©fi qui l’attend : « La perte d’exploitation varie entre cent et deux cents dollars par jour ; les rĂ©serves sont Ă©puisĂ©es et il faut recourir Ă  l’emprunt bancaire. L’équipement des ateliers a atteint la limite de l’usure ; il menace de flancher Ă  tout moment [
]. Au plan technique et financier, l’Imprimerie populaire montre tous les signes d’une entreprise qui se meurt[63]. »
La réorganisation du journal
Le nouveau directeur ne perd pas de temps et se lance dans la rĂ©organisation complĂšte de l’entreprise : « On achĂšte de nouvelles machines, on agrandit l’immeuble. [
] Il change la typographie, tranche dans la mise en pages, accepte toute publicitĂ© de bon goĂ»t,...

Table des matiĂšres

  1. Pierre Laporte
  2. REMERCIEMENTS
  3. PRÉFACE
  4. INTRODUCTION
  5. CHAPITRE I ‱ Les annĂ©es de formation
  6. CHAPITRE II ‱ Journaliste de combat. 1944-1961
  7. CHAPITRE III ‱ Directeur de L’Action nationale. 1954-1959
  8. CAHIER PHOTOS
  9. CHAPITRE IV ‱ RĂ©volutionnaire tranquille. 1956-1966
  10. CHAPITRE V ‱ De l’opposition au pouvoir. 1966-1970
  11. CHAPITRE VI ‱ Une fin tragique
  12. CONCLUSION
  13. CRÉDIT

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