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De la république en Amérique française
Anthologie pédagogique des discours républicains au Québec 1703-1967
- 538 pages
- French
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De la république en Amérique française
Anthologie pédagogique des discours républicains au Québec 1703-1967
À propos de ce livre
La république incarne entre autres la liberté et la souveraineté du peuple, la vertu publique, la lutte contre la corruption du pouvoir et de l'argent, l'indépendance et l'instruction du citoyen. Les auteurs de cette anthologie proposent les meilleurs discours républicains qui ont façonné l'histoire québécoise de la Nouvelle-France à la Révolution tranquille. Certains textes seront appréciés pour leur audace et leur caractère polémique, d'autres pour leur grande valeur littéraire. Ces discours fournissent des clés précieuses pour réinterpréter notre histoire nationale, ses épreuves, ses ruptures comme ses constantes. Cette anthologie présente une autre façon de lire l'histoire du Québec, au-delà des lectures courantes: fédéralistes contre souverainistes, libéraux contre conservateurs. Les républicains québécois étant d'ardents défenseurs de la souveraineté du peuple, ce livre aidera à comprendre la genèse et l'évolution de la démocratie au Québec. Des textes de : L'Assemblée législative du Bas-Canada, Raymond Barbeau, Honoré Beaugrand, François Blanchet, Télésphore-Damien Bouchard, Pierre Bourgault, Arthur Buies, Ève Circé-Côté, André Dagenais, André D'Allemagne, Louis-Antoine Dessaulles, Antoine-Aimé Dorion, Jean-Baptiste-Éric Dorion, Joseph Doutre, Pierre du Calvet, Clément Dumesnil, Gérard Filion, Jules Fournier, Louis Fréchette, François-Xavier Garneau, Edmond-Charles Genêt, Paul Gérin-Lajoie, Jacques Godbout, Paul Gouin, Jean-Charles Harvey, Daniel Johnson, Henri-Gustave Joly, Maurice Laframboise, le baron de Lahontan, Hermas Lalande, Godfroy Langlois, Pierre Laporte, André Laurendeau, Wilfrid Laurier, Burton Ledoux, la Ligue de l'enseignement, Alphonse Lusignan, Pierre Maheu, Honoré Mercier, Henry Mézières, Esdras Minville, Charles Mondelet, Robert Nelson, Joseph Papin, Louis-Joseph Papineau, Jacques Perrault, Joseph-François-Xavier Perrault, le Rassemblement pour l'indépendance nationale, Maxime Raymond, Raoul Roy, Maurice Séguin, Joseph-Charles Taché, Pierre Elliott Trudeau, Edmond Turcotte, Pierre Vadeboncoeur, Denis-Benjamin Viger..
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World HistoryCHAPITRE 1
La république, un idéal concret et émancipateur
La république est une idée ample et généreuse qu’une lignée d’hommes politiques et d’intellectuels a invoquée sur une période de plus d’un siècle et demi au Québec. Les défenseurs de la république, comme les situations où elle a prêté main-forte, frappent par leur diversité : c’est Pierre de Calvet qui s’en prend à l’absolutisme colonial anglais, Louis-Joseph Papineau qui dresse la vertu bas-canadienne contre l’arbitraire colonial, Robert Nelson qui proclame l’universalité de ses droits au nom d’un peuple libre, Louis Dessaulles qui exalte les promesses de la république chez les voisins américains, Louis Fréchette et Arthur Buies qui se servent d’elle comme d’un aiguillon pour réveiller des compatriotes endormis dans le Dominion canadien, le tribun Télesphore-Damien Bouchard fustigeant l’opportunisme affairiste sous le régime de Taschereau, ainsi qu’André Laurendeau et Jacques Perreault qui désespèrent de voir les Canadiens, sujets de Sa Majesté, s’accrocher à une idée diminuée de leur indépendance nationale. Cette richesse déconcertante s’explique par le fait que la république, avant d’être un principe d’organisation du pouvoir, s’est offerte, pour tous ces amoureux, comme un idéal politique intégral, un « idéal concret », écrivait Laurendeau, qui engage aussi bien le citoyen que l’État, traite du lien charnel et symbolique entre les deux comme du fonctionnement de la cité. Ce qui fait que la république a recouvert des dimensions de la vie collective aussi variées que l’amour de la patrie, les finalités de la cité, les pouvoirs du citoyen sur la chose publique, la légitimité et la désignation des gouvernants, les ressorts moraux des citoyens et leur état social. Que Baldwin et La Fontaine aient fini par obtenir le gouvernement responsable dans la colonie du Canada-Uni en 1848 n’a pas épuisé la liste des réclamations que justifie la réalisation de la république pour un jeune peuple d’Amérique.
En tant que principe d’organisation politique, la république est le régime où la liberté du peuple, exercée par des représentants élus et par d’autres mécanismes qui lui laissent imprimer sa marque sur la décision collective, reçoit la plus grande extension possible. Les républicains québécois se méfient de la vision whig de la démocratie libérale, qui limite la voix du peuple par des contrepoids non élus, voire aristocratiques. Ils refusent d’implanter ici le modèle libéral-oligarchique de constitution mixte de la Grande-Bretagne, incompatible avec une société foncièrement égalitaire. D’où l’admiration, des Patriotes et des Rouges du XIXe siècle en particulier, pour la constitution américaine, qui équilibre les pouvoirs sur des bases démocratiques sans faire intervenir d’aristocratie modératrice. Cependant, les Patriotes se réclamèrent de la république pour des raisons différentes de celles des révolutionnaires américains. Alors que les pères de la constitution américaine avaient préféré la république, identifiée au gouvernement représentatif, à la démocratie directe, trop soumise aux soubresauts du pouvoir populaire, les Patriotes ont vu dans la république la promesse d’une émancipation démocratique pour une nation captive. Mais, tant à Philadelphie que dans la vallée du Richelieu, on s’aperçoit que le républicanisme moderne va autrement plus loin que celui des Anciens.
En tant qu’idéal moral, la république vante la liberté de l’individu, célèbre sa vocation à s’autodéterminer dans toutes les sphères de l’existence en s’aidant des lumières de l’instruction. Elle s’identifie au progrès, avançant grâce à cette émulation généralisée dans toute la société que Papineau a appelée l’aristocratie des talents. Le progrès de la société va de pair avec la maturité psychologique du citoyen. « La république, écrit Buies, est le gouvernement des hommes et […] la monarchie est celui des enfants. » Cette liberté chantée par un certain libéralisme qui pousse le citoyen à se recroqueviller dans sa vie privée et abandonne la chose publique aux ambitieux et aux factions n’est donc pas républicaine. En ce sens, chez les républicains du Québec, la république repose sur un principe fondamental, tel que Montesquieu lui-même l’a si bien exprimé, la vertu. Là apparaît l’un des présupposés centraux du républicanisme québécois, fidèle en cela à la tradition occidentale du républicanisme : il y a un lien direct entre, d’une part, la liberté politique et, d’autre part, le caractère moral et l’état social du citoyen. Il ne suffit pas que la république vive du principe électif et du consentement du peuple ; encore faut-il que ce peuple jouisse d’une réelle égalité des conditions et cultive des mœurs qui le préparent à la vie publique et le préservent de la corruption du luxe, de l’argent et des ambitions intrigantes.
Autre lien sur lequel les républicains québécois ont insisté : la liberté collective et la liberté individuelle, c’est-à-dire qu’on ne saurait jouir pleinement de sa liberté de citoyen que si la collectivité dans laquelle évolue celui-ci et qui lui sert de référence est elle-même libre. Or, ce qui caractérise la trajectoire politique du Québec depuis la Conquête, c’est la séparation, souvent béante, que le conquérant britannique a pratiquée entre la liberté collective et la liberté privée, la deuxième étant accordée sans que la première vienne de suite. Marqué en somme par l’expérience amère du colonialisme, le républicanisme québécois n’a eu de cesse de dénoncer les effets délétères de cette séparation persistante, qui affaiblit la fibre morale de tout un peuple et l’habitue à rechercher sa liberté d’individu au détriment de la liberté de la patrie. Les républicains québécois ont souvent été plus patriotes que nationalistes, tant et si bien que, si la nation ne veut plus sa liberté, certains croiront, comme Dessaulles, la trouver dans l’union politique avec le voisin américain.
Encore une fois, le prophétique Montesquieu sut prédire, dès 1748 dans L’esprit des lois, ce que serait la politique coloniale anglaise. En parlant d’une grande puissance maritime et commerçante du Nord qu’il ne nomme pas mais que le lecteur devine, la Grande-Bretagne, Montesquieu décrit en ces termes la politique coloniale de l’empire naissant et ses relations avec une nation voisine qu’elle jalouse, vraisemblablement l’Irlande :
Il pourrait être qu’elle aurait autrefois subjugué une nation voisine, qui, par sa situation, la bonté de ses ports, la nature de ses richesses, lui donnerait de la jalousie : ainsi, quoiqu’elle lui eût donné ses propres lois, elle la tiendrait dans une grande dépendance ; de façon que les citoyens y seraient libres, et que l’État lui-même serait esclave[66].
Note
66. Livre XIX, chapitre XXVII.
Baron de Lahontan
Dialogues de M. le baron de Lahontan et d’un Sauvage dans l’Amérique septentrionale, 1703
La Nouvelle-France a longtemps paru sous la plume des historiens et des hommes politiques un terreau peu fertile pour la liberté, si bien que celle-ci n’aurait pu naître que sous le régime anglais. Or, le régime colonial français a été moins absolu que le portrait condamnateur qu’on a en tiré ; au contact de l’Amérique et de ses Amérindiens, les colons français ont fondé une société s’écartant, à bien des égards, de celle de l’Ancien Régime français. En outre, le contact de la Nouvelle-France, pour plusieurs voyageurs intrépides la découverte d’une humanité autre, dépouillée des artifices de la civilisation européenne, fut l’occasion d’élaborer une critique annonciatrice de la Révolution française. L’un d’eux fut le baron de Lahontan, qui arriva à ses dires en Nouvelle-France en 1683 vers l’âge de 17 ans pour en repartir définitivement en 1693, après avoir été officier des troupes de la marine, aventurier et momentanément « lieutenant de roi » (commandant) à Terre-Neuve. Il profita de ses nombreux séjours en Nouvelle-France pour rédiger des récits de voyage qui connurent une certaine vogue en Europe. Lahontan avait trouvé refuge aux Pays-Bas après son départ précipité des colonies en 1693 et ses Voyages parurent à La Haye en 1703. Le plus intéressant de ces récits, sur le plan des idées politiques, est celui des Dialogues de M. le baron de Lahontan et d’un sauvage dans l’Amérique septentrionale, où l’auteur se met en scène dans une conversation fictive avec un chef huron, nommé Adario (personnage dont l’inspiration est le chef Kondiaronk, dit le Rat[67]), profitant de ces entretiens imaginaires pour critiquer l’artificialité des mœurs et des lois européennes.
L’édition de 1705 de ces dialogues a été remaniée, à la demande des éditeurs, par un moine défroqué, Nicolas Gueudeville, qui en aurait aiguisé quelques traits. Selon Louise Côté, Louis Tardivel et Denis Vaugeois, ce texte étonnant est à mettre en parallèle avec les écrits ultérieurs de Rousseau, Voltaire, Diderot et Swift sur les vertus prêtées au « bon sauvage » (L’Indien généreux, 1992). Dans L’esprit des lois, Montesquieu soutient que, chez les peuples nomades et sans chef puissant d’Amérique, « la liberté de l’homme est si grande, qu’elle entraîne nécessairement la liberté du citoyen ». Plus d’un siècle après la mort de Lahontan en 1716, le personnage d’Adario renaîtra dans Les Natchez de Chateaubriand (1826). Nous reproduisons ici un passage de la première édition de 1703 qui exprime déjà avec netteté des idées qui prépareront plus tard, sous d’autres plumes, la Révolution de 1789, telle que l’égalité naturelle entre les hommes. On notera aussi comment dans ce passage la liberté procède de la non-dépendance à la volonté d’autrui, mais que le propos critique également la corruption et les hiérarchies de la société européenne.
***
Adario. – […] C’est assez parler de religion ; venons-en à ce que vous appelez les lois ; c’est un mot comme tu sais que nous ignorons dans notre langue, mais j’en connais la force et l’expression par l’explication que tu me donnas l’autre jour, avec les exemples que tu ajoutas pour me le faire concevoir. Dis-moi, je te prie, les lois n’est-ce pas dire les choses justes et raisonnables ? Tu dis qu’oui ; et bien observer les lois c’est donc observer les choses justes et raisonnables. Si cela est, il faut que vous preniez ces choses justes et raisonnables dans un autre sens que nous ; ou que, si vous les entendez de même, vous ne les suiviez jamais.
Lahontan. – Vraiment tu fais là de beaux contes et de belles distinctions ! Est-ce que tu n’as pas l’esprit de concevoir depuis vingt ans que ce qui s’appelle raison, parmi les Hurons, est aussi raison parmi les Français ? Il est bien sûr que tout le monde n’observe pas ces lois, car, si on les observait, nous n’aurions que faire de châtier personne ; alors ces juges que tu as vus à Paris et à Québec, seraient obligés de chercher à vivre par d’autres voies. Mais comme le bien de la société consiste dans la justice et dans l’observance de ces lois, il faut châtier les méchants et récompenser les bons ; sans cela, tout le monde s’égorgerait, on se pillerait, on se diffamerait, en un mot, nous serions les gens de monde les plus malheureux.
Adario. – Vous l’êtes assez déjà, je ne conçois pas que vous puissiez l’être davantage. Ô quel genre d’hommes sont les Européens ! Ô quelle sorte de créatures ! qui font le bien par fo...
Table des matières
- DE LA RÉPUBLIQUE EN AMÉRIQUE FRANÇAISE
- Remerciements
- Introduction au républicanisme québécois
- Les origines du républicanisme moderne
- La république, un idéal concret et émancipateur
- La corruption
- La domination coloniale
- Éducation et vie civique
- Les institutions et les symboles de la république
- Crédit
Foire aux questions
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