Le tour du jardin
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Le tour du jardin

entretiens avec Mathieu Bock-Côté sur les livres, la politique, la culture, la religion, le Québec et la saisine

  1. 242 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Le tour du jardin

entretiens avec Mathieu Bock-Côté sur les livres, la politique, la culture, la religion, le Québec et la saisine

À propos de ce livre

Jacques Godbout, s'entretenant avec le sociologue Mathieu Bock-Côté, raconte avec sincérité et humour son parcours d'écrivain et de cinéaste. Conservant la distance que procurent à la fois l'intelligence et le refus absolu de se laisser enfermer dans quelque idéologie, il évoque les personnes qu'il a fréquentées et les moments dont il a été le témoin privilégié. C'est l'occasion de découvrir le portrait d'un être rare, un intellectuel québécois qui a tenu, pendant soixante ans de vie publique, à assumer son rôle dans la cité, celui d'éveilleur de consciences et de passeur entre les générations.

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Informations

ISBN de l'eBook
9782764642962
Année
2014

Le Québec, encore et toujours

Lorsqu’un peuple change de langue, ceux de ses citoyens qui les premiers accomplissent cette transformation, sont semblables à des hommes qui retombent dans l’enfance.
JOHANN GOTTLIEB FICHTE
M. B.-C. Vous avez souvent dit que les Québécois entretenaient un rapport particulier à la langue. Officiellement, nous y tenons. Et je crois qu’effectivement nous y tenons. Mais nous la maîtrisons très imparfaitement. Les mots ne viennent jamais pour nommer les choses. Nous nous réfugions aisément dans quelques mots clés à la mode qui masquent bien mal l’absence de pensée. En quoi l’inculture, ou les limites de notre maîtrise du français, contribuent-elles à une certaine impuissance culturelle québécoise ? Et peut-être même à une certaine impuissance politique ?
J. G. Nous n’avons pas, au Québec, de problèmes de langue, mais un problème de langage. La façon que nous avons d’utiliser la langue révèle notre esprit. Notre langage devrait nous permettre de communiquer avec les francophones du monde, mais nous restons désespérément attachés à notre idiome. René Lévesque s’était convaincu de promulguer la loi 101, outre d’interdire l’école anglaise aux francophones, il espérait éliminer le « joual » et non pas l’anglais ! C’était l’époque où René Lecavalier, journaliste du sport, donnait de la noblesse aux soirées du hockey.
Robert Bourassa a par la suite proclamé, faut-il le rappeler, le français langue officielle, était-ce vraiment la peine ? Aujourd’hui une langue familière (souvent vulgaire) se retrouve sur toutes les scènes, c’est la langue pratiquée par plusieurs humoristes, des artistes de variétés, des comédiens de feuilletons télévisés, de nombreux enseignants et même parfois c’est aussi celle des échanges entre journalistes et universitaires. À propos de journalistes, prêtez l’oreille à ceux de la radio qui s’amènent souvent au micro avec une coupure de journal, du New York Times ou du Globe & Mail, dont ils veulent nous transmettre la substantifique moelle. Ils parlent alors un étrange charabia qui sent ce que Gaston Miron nommait le « traduidu ».
On entend de moins en moins un langage relevé, savant ou tout bonnement respectueux des règles. Desquelles, du, dont, et le reste ont disparu. S’est ajouté le « çala » pour faire court. Qu’un journaliste à la radio répète « il est pas capable » plutôt qu’« il est incapable » me hérisse, il existe des mots et des locutions pour tout dire ! Nous nous privons des nuances que permet une langue qui a accumulé une richesse lexicale depuis mille ans ! Montréal est une ville menacée par la pauvreté du français beaucoup plus que par la langue anglaise. Chaque fois que Gaston Miron rentrait d’Europe il se désespérait de notre lexique famélique : « Porte, portière, portillon, portail, huis, disait-il, c’est fou ce qu’on peut ouvrir quand on a les mots pour le dire ! »
Les petits enfants à qui les parents lisent des histoires illustrées apprennent un vocabulaire précis, ils parlent à trois ans « comme des livres », mais ils appartiennent à une classe privilégiée. C’est à l’école que cela se gâte, car on tient pour acquis que la majorité des élèves québécois d’origine canadienne-française parlent français. Ce n’est pas tout à fait juste. Certains utilisent en arrivant en classe une langue qui n’est ni grammaticalement ni syntaxiquement française, ils ignorent les accords, disposent d’un vocabulaire simpliste. Les enfants à qui on n’a pas lu de contes dans leur petite enfance auraient besoin d’un cours intensif de français langue seconde. Évidemment personne ne va proposer pareille insulte à la nation, alors les Québécois grandissent et vieillissent avec leurs approximations, bercés par le langage audiovisuel de leurs semblables.
Tous les croisés de la loi 101 devraient d’abord proposer aux Québécois de parler notre langue officielle, mais le sujet est sensible, allez dire à un Québécois de soigner son langage ! Il vous répondra que son langage n’est pas malade et se réjouira d’entendre un immigré emprunter son accent, se contentant des cinq cents mots de la langue familière. Au fond, ce rapport folklorique à la langue française de l’Ancien Régime est une autre manifestation d’un repli sur soi qui, paradoxalement, prétend être une affirmation identitaire. S’affirmer, c’est s’imposer au monde et non pas coucouner derrière ses frontières linguistiques.
M. B.-C. Vous parlez de notre rapport folklorique au langage. Vous dites que, davantage qu’un problème de langue, nous avons un problème de langage. Je poursuis cette réflexion avant de la transformer en question. On le voit de plus en plus à Montréal : les jeunes générations « parlent le bilingue ». C’est-à-dire qu’ils parlent français et anglais dans la même phrase. Une étrange génération s’impose à Montréal : elle n’est plus québécoise, sans être devenue américaine. Elle est canadienne de 1982. Elle est « montréaliste ». Percevez-vous aussi cette étrange mutation du français en anglais, et de l’anglais en français, et y voyez-vous aussi l’apparition, dans la métropole du Québec, d’un nouveau peuple qui fait sécession culturellement du vieux peuple historique québécois ? Quel monde cherche-t-on à nommer lorsqu’on parle cet étrange sabir ? Et je confesse ma crainte profonde : ne sentez-vous pas le déclassement social et identitaire, au nom de la postmodernité, des vieux Québécois dont vous êtes et dont je suis, comme si nous étions d’une culture périmée ?
J. G. Je me souviens qu’en 1950 (j’avais seize ans) nous dansions le slow sur des musiques américaines. Nous écoutions les chansons de Frank Sinatra, de Sammy Davis ou de Dean Martin. Nous avions Hollywood plein la tête. À Radio-Canada, Guy Mauffette s’évertuait à nous rebrancher sur la France d’Édith Piaf, Félix Leclerc faisait ses classes à Paris, mais je n’aurais pas donné cher de l’essor du français à Montréal. Ces années-là, la description d’une voiture, du bumper au muffler, ne s’énonçait qu’en anglais, en passant par le shaft, les brakes, le steering et le windshield. Dix ans plus tard explosaient les boîtes à chansons, envahies par une brochette inoubliable d’auteurs-compositeurs du cru, qui chantaient le pays en français avant de se rendre en Europe triompher. Comment se fait-il que la langue des garagistes soit portée disparue ? L’imprévisible est toujours possible.
Il est vrai qu’à Montréal aujourd’hui le français est farci comme une dinde d’expressions anglaises ou de mots étranges. Cela s’explique peut-être par la pauvreté du lexique canadien-français dont nous avons hérité. Le vocabulaire de nos mères et pères, autarcique, ne suffit plus à décrire le monde qui nous entoure. Les Québécois n’ont souvent pas les mots pour exprimer ce qu’ils ressentent ou voient, alors ils passent à un mot d’outre-frontière qui arrive souvent avec le mode d’emploi des objets usinés. C’est ainsi que nous avons été assez bêtes pour qualifier d’« intelligents » nos téléphones. Mais ce qui est plus gênant, vous le soulignez, c’est le parler alternatif montréalais, une phrase en français, l’autre en anglais, pendant une conversation ordinaire. Tout se passe comme si, après avoir exprimé une opinion, il était nécessaire d’en confirmer l’énoncé par une locution angloaméricaine.
Laurence Anyways, le film de Xavier Dolan, offre un exemple « artistique » de ce langage, comme Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay l’avaient fait pour le parler populaire montréalais. Avec Dolan, nous voilà dans une autre classe sociale, chez ceux que ma conjointe nomme les « Franglos ». Je crains que la métropole n’en compte de plus en plus, ça fait tendance, comme on dit, et vous avez raison ! Nos girouettes suivent la direction du vent d’Amérique. C’est aussi le symptôme d’une situation nouvelle, ces personnages souhaitent peut-être affirmer, ce faisant, qu’ils sont à l’aise dans les deux langues, qu’ils sont bilingues. Ceux qui switchent d’une langue à l’autre ne parlent pas, ils se donnent à voir. Je n’ose évoquer la dimension sexuelle du phénomène, Xavier Dolan nous y invite pourtant, Michel Tremblay tout autant. En art dramatique, ces marginaux transgressent les codes de la langue maternelle avec une allégresse poignante. L’ennui, c’est que certains en font des modèles.
Parler bilingue deviendrait donc valorisant pour un jeune Montréalais, qu’il soit d’ascendance française, anglaise ou fraîchement arrivé au pays. Mais pourquoi baisser les bras devant le « bilingue » ? Les locuteurs vedettes du Plateau-Mont-Royal se sont tant moqués des belles voix et du bon parler de Radio-Canada qu’ils ont imposé leur accent ineffable à toute une génération de dramaturges et de comédiens ! Les langues, et la nôtre particulièrement, sont des organismes vivants. Monique LaRue écrivait récemment que les 10 000 étudiants français qui vivent parmi nous pourraient jouer un rôle essentiel dans l’évolution du langage et avoir une influence inattendue. On en voit déjà quelques-uns dans les associations étudiantes prendre le crachoir, mais hélas la majorité vit en cocon comme le font les expatriés.
Il suffirait d’une stratégie (à débattre) pour que les parlers à la mode, mi-chair, mi-poisson, deviennent ridicules et disparaissent peu à peu. Je refuse cependant une date de péremption tatouée sur la langue, nous ne sommes pas, ni vous ni moi, des Québécois dépassés par la modernité, parlant une langue surannée. Si ce pays possède un avenir, vous le représentez beaucoup plus que l’amuseur Sugar Sammy, qui a saisi tout le ridicule d’une situation aberrante. J’aimerais surtout rappeler ce qu’André Belleau a magnifiquement énoncé, « nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler ».
M. B.-C. Vous entretenez un étrange rapport avec le Québec. Vous n’avez pas le nationalisme passionné des vieux bleus. Vous n’avez jamais connu non plus la tentation du reniement, le désir de vous désaffilier de cette culture incomplète, mais qui demeure pourtant la vôtre. Chez vous, on sent que le Québec demeure une province à la périphérie de l’histoire, à la marge de l’universel. Je pense notamment au personnage principal de La Concierge du Panthéon, qui évolue comme un touriste perpétuel dans une culture française dont il ne maîtrise pas les codes, et qui se laisse encore bluffer par sa grandeur passée. Votre réflexion me semble proche de celle de Milan Kundera, qui disait des petites nations que leur drame était de n’intéresser qu’elles-mêmes. Croyez-vous qu’un jour le Québec parviendra à « universaliser » vraiment sa culture ?
J. G. Prenons la mesure des choses et plutôt que d’évoquer l’exploration de l’Amérique par nos ancêtres, ou quelques faits d’armes, plutôt que de citer Papineau ou de se plaindre de nos maîtres les Anglais, plutôt que de dénoncer le pacte confédératif de 1867 ou la conscription de 1917, tentons de voir d’où nous venons : le peuple canadien-français a vécu dans la pauvreté et l’indigence de la Cession du Canada à la Seconde Guerre mondiale et, après les rébellions de 1837-1838, sous la férule d’un clergé qui lui répétait dans les sermons du dimanche que l’essentiel était le ciel, tout en encourageant le Canayen à investir ses maigres économies dans la construction d’énormes églises, de luxueux presbytères et d’envoyer le reste de ses sous à Rome et aux missionnaires.
Les Canadiens français ne formaient même pas une petite nation politique et culturelle comme les décrit Milan Kundera, Québec n’était pas Prague, dans l’est de l’Europe, on n’y soufflait pas le verre, notre bourgeoisie exportait du bois d’œuvre aux États-Unis. À la fin du XIXe siècle, près d’un million de Canadiens français s’exilèrent en Nouvelle-Angleterre. Nous avions des églises, il y avait là-bas des usines. La famine menaçait, mon père m’a raconté qu’une maladie du blé (la rouille ou un autre champignon) avait poussé plusieurs habitants à abandonner leurs terres. C’est la dure histoire de notre pays, et je n’ai aucune envie de la renier et je ne serai jamais assez reconnaissant à toutes ces femmes et à tous ces hommes d’avoir patiemment lutté contre l’hiver, d’avoir cultivé les rives du Saint-Laurent, d’avoir élevé des enfants dans un milieu hostile, d’avoir, oui, survécu. L’est du Canada s’est enrichi, pendant la guerre de 1939, et je suis de la première génération à en avoir profité. Né au Canada français, j’ai participé à l’invention d’un Québec qui n’a que cinquante ans ! Nous avons dû nous détacher de Rome, puis prendre nos distances par rapport à Paris, mais nous sommes toujours dans l’aire d’influence de Washington.
Nous cesserons vraisemblablement un jour de penser en provinciaux, mais cela exigera du temps, du talent et des réseaux. Pour la majorité de mes concitoyens, « universaliser » notre culture veut dire faire circuler le Cirque du Soleil de Los Angeles à Moscou. Ce n’est pas méprisable. Nos auteurs-compositeurs-interprètes ont réussi à s’imposer dans la Francophonie. Plusieurs cinéastes québécois ont obtenu des prix prestigieux dans des festivals internationaux. Certains ont été invités à réaliser des films pour des maisons de production étrangères. Du côté des écrivains, la réussite est plus modeste, malgré de nombreuses traductions à l’étranger, mais aussi plus ardue, car Paris (toujours au centre de la littérature) célèbre d’abord les siens et ceux qu’il traduit en français, ce qui n’est pas encore pour nous le cas.
J’ai raconté, dans La Concierge du Panthéon, l’illusoire recherche de la reconnaissance parisienne. Le personnage, Julien Mackay, tient du touriste naïf et s’imagine, comme nombre de personnes, que n’importe qui peut écrire n’importe quoi, n’importe comment. L’art est une longue patience, l’universalisation, ça se construit, comme se construisent les nations. Cela dit, il y a des œuvres littéraires du XXe siècle québécois qui sont remarquables, mais souvent les romans, parce qu’ils offrent des variantes sur le thème du tricoté serré, semblent imperméables à l’exportation. Au Canada (anglais), les récits sont pour beaucoup l’œuvre d’écrivains issus de l’immigration dont les romans exotiques ont plus d’attraits que n’en possèdent les aventures des enfants du Plateau-Mont-Royal. On ne va pas se plaindre de notre ascendance !
Le plus étrange, cependant, c’est que les succès à l’étranger de nos créateurs indiffèrent la population. Bien sûr, on aime être aimé, mais dans ce pays l’on privilégie encore les affaires de famille. Le modèle de réussite universelle par excellence est celle de Céline Dion qui a su cultiver un rapport familial intime avec le public du Québec (moi, Céline, maman Dion, ma sœur, mes enfants, mon mari dont la semence a été congelée, et voyez ma maison en Floride) tout en se consacrant à une carrière extraordinaire dans les capitales étrangères. Céline Dion est l’enfant du pays qui nous rassure : on peut « s’internationaliser » sans quitter le village.
M. B.-C. J’en reviens quand même à Kundera. Vous dites : nous n’étions pas une nation, mais une bourgade. Comme si rien de vraiment sérieux n’arrivait ici. Je pense d’un coup à un de vos petits chefs-d’œuvre : IXE-13. Il y a là une thèse farfelue qui révèle paradoxalement l’insignifiance relative du Québec dans l’histoire universelle : IXE-13 est la superstar des agents secrets canadiens-français, comme si le Canada français pesait dans le monde, et comptait géopolitiquement. Existe-t-il, selon vous, quelque chose comme un point de vue québécois sur le monde ? Et, si oui, pensez-vous qu’il pourrait intéresser quelqu’un ?
J. G. Un point de vue québécois sur le monde ? Je l’ignore. Mais le point de vue d’un Québécois, sans nul doute. Je ne vois pas pourquoi en sociologie, en littérature, en philosophie ou dans d’autres disciplines un Québécois ne pourrait intéresser les étrangers. Le moraliste Charles Taylor, par exemple, qui est québécois, possède hors du pays une réputation enviable. Avouons que la majorité des intellectuels francophones d’ici ont jusqu’à maintenant surtout consacré leurs travaux à la condition québécoise, il n’y a donc pas à s’étonner que ce sujet ne passionne pas les foules sur la place de la Concorde, à Trafalgar Square ou sur la place Rouge.
L’intérêt que les étrangers nous portent n’est pas garant de la qualité de notre participation au monde, mais nous avons au départ un problème de taxinomie, si je puis dire. De nombreux scientifiques québécois sont à l’origine de découvertes remarquables dans plusieurs champs de recherche, or la presse les désigne comme « canadiens », non pas comme « québécois ». Pour le monde entier, Marc Ouellet, en ballottage papal, était un cardinal « canadien », même si nous savions qu’il était un authentique Québécois né à La Motte, en Abitibi. Le conservatisme du cardinal l’avait mené de l’archevêché de Québec à la curie romaine, une belle carrière ecclésiale québécoise, son passeport était néanmoins délivré à Ottawa. Les confédérations de petites nations comprennent en leur sein des individus géniaux, leur identité sera celle de leur citoyenneté.
À propos de réussite internationale, mon père me citait souvent en exemple Will Durant, né dans une famille canadienne-française à North Adams, au Massachusetts. Ce philosophe et historien des civilisations, qui avait atteint une réputation mondiale au début du XXe siècle, a écoulé des millions d’exemplaires de ses ouvrages dans le monde entier et obtenu, avec son épouse, Ariel, un prix Pulitzer en 1968. Au Québec, Will Durant, athée, était et reste forcément un inconnu et si son concitoyen Jack Kerouac n’a pas été oublié, c’est qu’il avait foi, comme sa mère, dans la Vierge Marie. Durant aurait-il réussi à s’imposer dans le monde s’il était né à quelques kilomètres de North Adams, du côté québécois de la frontière ?
Voyons notre cinéma. Si les membres de l’Académie américaine ont accordé un Oscar aux Invasions barbares de Denys Arcand et sélectionné par la suite Incendies de Denis Villeneuve, Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, puis Rebelle de Kim Nguyen parmi les meilleurs films étrangers (ils disent en langue étrangère, car il s’agit du cinéma parlant), il me semble que le point de vue de ces Québécois sur le monde est à l’évidence reconnu comme original et intéressant. Chacun de ces films est une œuvre personnelle, et ces jeunes cinéastes, dont plusieurs sont issus de la féconde Course autour du monde, se sont empressés de s’ouvrir à l’universel justement. Le point de vue (québécois) de Villeneuve, Falardeau, Scott, Nguyen, Dugay, Michaud, Dolan et Vallée intéresse les producteurs étrangers, CQFD.
Et puisque vous évoquez IXE-13. Ce qui m’intriguait dans l’œuvre de Pierre Daignault, c’était cette magnifique confiance en soi du Canadien français, en pleine guerre mondiale. L’auteur avait inventé un Québécois mythique avant même sa création politique. Pour moi, L’As des espions canadiens représentait à la fois la naïveté et la fierté populaires. IXE-13 était un être supérieur, les Français ne pouvaient que l’admirer, à preuve sa fiancée de nationalité française éperdument amoureuse de lui, à preuve son accent moins marqué que celui de son ami le Marseillais Marius Lamouche. IXE-13 était un être « internation...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Les Éditions du Boréal
  3. Faux-titre
  4. Titre
  5. Crédits
  6. Préface
  7. Toujours écrivain de province ?
  8. L’art de lire
  9. Le Québec, encore et toujours
  10. Le Québec et le monde
  11. La démocratie, pour le meilleur et pour le pire
  12. La tentation politique ?
  13. Il était une fois l’ONF
  14. Et finalement, la vie ?
  15. La saisine
  16. Œuvres de Jacques Godbout
  17. Filmographie
  18. Quatrième de couverture